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CASSE-TETE CHINOIS

Nous ne vieillirons pas ensemble

 

J’ai vu Casse-tête chinois il y a déjà plusieurs semaines dans des circonstances particulières. Le film était en effet projeté en avant-première à 500 lycéens dans le cadre du Festival du Film de Sarlat. J’étais au milieu de ces jeunes de 18 ans, si semblables à ce que j’étais lorsque ma génération, celle de Xavier, a découvert Cédric Klapisch et Romain Duris, qui, alors perché sur un panier de basket, se prénommait Tomasi. Cette séance m’en a rappelé une autre, celle du Péril Jeune. Projeté au cœur d’une nuit de cinéma réservée aux étudiants, le film avait réveillé une assistance engourdie. Très vite, la salle s’était attachée aux personnages du film au point de s’adresser à eux à haute voix, encourageant Léon dans ses travaux d’approche auprès de la blonde Christine. L’effet-miroir était saisissant et avait créé un lien avec ce réalisateur « sympa » qu’on espérait maintenir longtemps. L’effet fut renouvelé avec L’Auberge espagnole. Aujourd’hui encore, la diffusion télévisée du premier volet des aventures de Xavier, reste un évènement incontournable chez moi, notamment pour celui qui m’accompagne et qui a vécu l’expérience Erasmus. Il déclenche toujours chez lui le récit enjoué et nostalgique de son aventure auquel je ne peux jamais échapper. Avec Les Poupées russes, Paris ou encore Ma part du gâteau ce lien familier avec Klapisch s’était distendu. J’espérais (plus ou moins) que Casse-tête chinois retisse ce lien avec nous, ceux de la quarantaine. Mais, au milieu de cette foule de lycéens, si souvent mes rires se sont joints aux leurs, la véritable connivence a semblé s’installer davantage avec eux qu’avec moi. Pas d’effet-miroir pour moi.

CASSE-TETE CHINOIS

Xavier serait, d’après certaines critiques, un homme de son époque, un homme du bordel ambiant, de la vie en chantier, décomposée-recomposée. Certes, mais Xavier est surtout, comme les autres personnages, un personnage qui peine à grandir. Xavier court toujours, converse encore avec les philosophes, se conduit invariablement comme un « con » (reproche récurrent que lui font les autres personnages de film en film). Et Xavier peut se le permettre, ses livres se vendent (mais je n’aimerais pas les lire) et si son éditeur le pousse au malheur et à la souffrance, j’aurais presque souhaité me joindre à lui. Le bordel, la crise est facile. Wendy demande le divorce, Wendy s’installe à New-York avec les enfants, qu’à cela ne tienne, Xavier s’installe à New-York. Si le rythme enlevé du film séduit, il enlève toute complexité aux situations ; le casse-tête n’existe pas. Les problèmes s’accumulent (Ia demande d’Isabelle qui désire fonder une famille avec sa compagne, la recherche d’appartement à New-York, les démarches pour obtenir la carte verte, le nouveau compagnon de Wendy, l’infidélité d’Isabelle…) sans que le propos ne parvienne à gagner en épaisseur, en densité. Tout relève de l’anecdote[1]. Cela est d’autant plus regrettable que l’histoire s’est maintenant resserrée sur quatre personnages (L’Auberge espagnole) et une ville (Les Poupées russes). Finalement, ce qui intéresse se trouve en arrière-plan des personnages et dans le hors-champ du film. En arrière-plan, il y a la ville de New-York, dont Klapisch donne à voir des espaces de circulation inédits dans un cinéma français qui cède gratuitement aux attraits cinégéniques de la mégapole (l’horrible Nous York ou le décevant Main dans la main). Le hors-champ, ce sont les autres personnages abandonnés au cours de la trilogie - Soledad l’Espagnole, Lars le Danois, Tobias l’Allemand et Alessandro l’Italien – dont l’absence totale de référence dans le film pourrait être l’aveu d’un destin en contre-point à ceux d’Isabelle, de Martine, de Wendy et Xavier ; un destin plus sombre, plus difficile auquel Klapisch ne souhaite pas se confronter. Dès lors, ce choix de la légèreté, voire de l’inconséquence, offre des scènes de comédie agréables et même une apparition étonnante (celle de Benoît Jacquot dans le rôle du père de Xavier), mais ne peut satisfaire totalement la fille de la quarantaine que je suis et qui, elle, a grandi. A la sortie de cette séance spéciale de Casse-tête chinois, l’enthousiasme des lycéens semblait révéler que l’objectif de Klapisch avec ce film n’était peut-être pas d’entretenir le lien avec une génération qui l’a porté, mais d’en nouer un avec une nouvelle génération en utilisant des figures qui, jadis, ont fait leur preuve.

CASSE-TETE CHINOIS

[1] Pour une vraie crise de la quarantaine, pétrie de l’angoisse de vieillir, de mourir, de voir ses enfants grandir, regardez This is 40 de Judd Apatow.

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Céline P.


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dr orlof 16/12/2013 15:58

Je n'ai pas vu ce film alors je viens pour chipoter :) L'horrible "Dans Paris", ce n'est pas plutôt de Christophe Honoré? A ce demander d'ailleurs si ces films "générationnels" n'ont pas tendance à se mélanger dans nos esprits (je n'arrive plus à faire la distinction entre "le péril jeune" et "l'auberge espagnole")

Céline P. 16/12/2013 17:51

Très juste. Merci Doc, je vais corriger cela le plus tôt possible.