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AMERICAN HUSTLE

 

J’avais décidé d’aller au cinéma et de me sortir d’un canapé que j’occupais depuis quelques heures, entre assoupissements et coups d’œil sur une obscure épreuve sportive mêlant ski de fond et tir à la carabine. Il fallait lutter contre la fatigue, tout en considérant qu’elle pouvait me rattraper une fois installée dans le fauteuil rouge du cinquième rang. Ma salle préférée m’offrait deux options : Goltzius et la compagnie du pélican ou American Hustle. Le choix fut fait rapidement.

American Hustle serait, à en croire quelques critiques, une escroquerie, un film calibré pour les Oscars qui ne mérite pas ces nominations…Mais, une nomination aux Oscars est-elle un gage de qualité ? American Hustle serait-il le premier film à s’aligner sur les critères d’élection de The Academy ? Enfin, Happiness Therapy méritait-il toutes ses récompenses ? Non, non et non.

"La fille perdue, cheveux gras" que j’étais ce samedi, a trouvé dans le film de David O. Russel le plaisir qu’il fallait à ce moment-là. Ni plus, ni moins. Dans le tourbillon capillaire et parfois capilotracté de ce récit d’escroquerie, il y a tout de même de quoi trouver son bonheur, car le réalisateur annonce la couleur dès les premières minutes. Le pacte proposé au spectateur est simple : un film de bande, une intrigue qui oscille entre arnaque et sentiment, un parti-pris de la surcharge et de l’artifice. Si on accepte les règles du jeu, il n’y a aucune raison de bouder son plaisir. D’autant que Russel s’amuse et ses acteurs aussi. Le premier plan joue ainsi de la manie des transformations physiques[1] de Christian Bale, en nous le présentant bedonnant et dégarni de la pire façon. Dans le reflet du miroir dans lequel il s’ingénie à masquer la catastrophe à grands coups de colle et de laque, on s’étonne de distinguer les effets d’un maquillage vieillissant sous les yeux de l’acteur. Film de masques, de vernis, de faussaires, le motif du faux-semblant est décliné sur tous les tons jusqu’au trop-plein. 

AMERICAN HUSTLE

Les suites des hôtels doivent toujours être plus luxueuses, les sommes d’argent réclamées au FBI toujours plus importantes, tandis que les personnages s’enferment dans le piège de leurs arrangements avec leur vérité. Mais si le bluff pèse des tonnes de rouleaux de tapisseries bariolées, de chaînes en or, de travellings souvent poussifs et de musiques seventies, il a aussi la légèreté d’une anecdote de pêche sous la glace jamais achevée et d’une référence à The Kid dans une scène de vitres brisées par un fils pour son père vitrier. Dans ces récits enchâssés, se cachent toujours les histoires d’une famille américaine dont David O. Russel ne cesse de dresser le portrait. C’est surtout dans les moments de vérité des personnages débarrassés des faux-semblants que le film gagne[2]. Il suffit de voir Richard avec sa mère ou Irving avec son fils adoptif pour comprendre que le vrai sujet du film est encore dans les relations familiales qui enferment autant qu’elles donnent un souffle. On peut regretter que ces moments soient trop furtifs pour apporter suffisamment d’épaisseur aux personnages, on peut aussi aimer la façon toujours inattendue dont ils sont révélés.

AMERICAN HUSTLE

Finalement, si le film est un « coup monté », il s’en amuse avec quelque lourdeur dans le geste en même temps qu’une certaine modestie dans les intentions, puisqu’il s’agit d’abord de faire la part belle aux acteurs. Les critiques y ont vu un tapis rouge tendu vers la statuette dorée (trop tentant de manier les bons mots sur le motif de l’arnaque), je n’y vois qu’un terrain de jeu divertissant sans prétention. Rien à étriller, rien à encenser non plus. American Hustle est un plaisir de l’instant qui tombe à pic, ce samedi soir.

 

 

[1] Performances dont personne n’ignore qu’elles ont les faveurs de The Academy.

[2] Les lunettes de Christian Bale qui cachent derrière des verres fumés la fragilité et l’émotivité d’un personnage révélées par Amy Adams à plusieurs reprises.

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Céline P.


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