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TRISTESSE CLUB

Ce soir, j’aurais dû écrire sur Black Coal ou Deux jours, une nuit, mais il n’en sera rien. Il y a des films qu’on garde en soi un moment sans qu’ils ne s’effacent et qui, au moment d’écrire, ressurgissent aussi nets et splendides que lorsqu’on avait quitté la salle…et puis il y a les autres. Ce sont les films sur lesquels j’écris rapidement pour ne plus y penser.

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas aimé Tristesse club et je ne comprends pas l’enthousiasme que provoque le film de Vincent Mariette. Au départ, il y a une idée de casting intéressante dans la constitution de cette fratrie improbable, rassemblant la figure incontournable du nouveau cinéma d’auteur (Vincent Macaigne) et l’acteur de la Comédie française qui ne boude pas les succès populaires (Laurent Lafitte). Mais ce tandem est à l’image du film ; il pédale dans la semoule, fait du surplace parce qu’il est trop désaccordé. Vincent Mariette n’invente rien avec le génial Vincent Macaigne ; pire, son énième composition de looser[1] semble réduite à une gesticulation lointaine et accessoire face au jeu plus incarné de Laurent Lafitte. Il y a là une forme d’incompatibilité qui peut certes servir le propos du film, mais qui ne parvient jamais à être résolue malgré le rapprochement des deux frères (à l’exception d’une courte scène nocturne de vol d’essence). Le désaccord se manifeste aussi dans les influences du film : Rohmer, Blier et, ça et là, une recherche de plans composés à la Wes Anderson. Dans chaque influence, Mariette puise des motifs sans jamais parvenir à tisser entre ceux-ci les liens nécessaires à l’émergence d’un univers cohérent et personnel.

TRISTESSE CLUB

Mariette est un jeune cinéaste soucieux d’appliquer les recettes du cinéma d’auteur (les personnages secondaires décalés, la noirceur, le rythme languissant, la distance vis-à-vis de l’émotion, le surgissement de l’étrange), mais il souhaite aussi accueillir les bons tuyaux classiques (deux personnages principaux opposés, un personnage tiers qui provoque le rapprochement, des retournements de situation, une intrigue amoureuse secondaire). Pourquoi pas. Mais, au final, j’ai cette étrange impression que les pôles se repoussent au lieu de s’attirer, de s’accrocher. Ainsi, les twists n’ont aucune puissance de déflagration dans le scénario, car ils sont présentés avec une distance qui les désamorce instantanément. Les lieux savamment choisis, particulièrement la vieille maison-hôtel, ne sont qu’à peine traversés et restent vides de réelles intentions, en dehors d’un aspect brocante trop souvent vus ces derniers temps. Reste alors la comédie, ce problème français dont on ne cesse de nous parler. Là encore, Mariette tente de concilier les tons et les registres. Le film oscille entre comique de mots (l’annonce de la mort du père) et comique de geste (la scène finale au bar). Il tente l’humour noir, mais il le colore bien trop de rose. Il effleure la piste de l’absurde, mais celle-ci se trouve contrainte par un scénario trop balisé. Le malaise né de cette hésitation culmine dans la séquence avec Noémie Lvovsky.

TRISTESSE CLUB

Finalement, Tristesse club n’emprunte aucun chemin. Le film piétine, à l’instar de ses personnages qu’on croyait partis pour un road movie en vieille Porsche, mais qui reviennent toujours au point de départ, ou s’arrêtent sur le bord de la route en panne d’essence. Mariette, comme Léon, a un problème de jauge, et devrait alimenter son moteur d’un carburant appelé « audace ».

 

[1] Pour voir tout ce que peut faire Vincent Macaigne, il faut regarder les films de Guillaume Brac.

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Céline P.


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