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YOUNG ONES

J’aurais aimé célébrer le quarantième anniversaire du génial Michael Shannon avec une critique élogieuse de Young ones, malheureusement la belle performance de l’acteur ne permet pas de sauver ce western futuriste indigeste.

« Dans un futur proche, l’eau est devenue rare. Elle suscite la convoitise. Dans ce contexte hostile, Ernest Holm vit avec ses enfants Jerome et Mary. Si son fils est admiratif de lui, sa relation avec sa fille, Mary, est beaucoup plus conflictuelle. Ernest tente tant bien que mal de protéger sa ferme et sa famille des bandits. Il espère par ailleurs que ses terres seront à nouveau fertiles. De son côté, Flem Lever fréquente Mary en secret et veut à tout prix récupérer les terres d'Ernest… ». Voilà ce qu’on peut lire dans les différents résumés du film. La situation est vraisemblable - elle pourrait donner lieu à un film d’une envoûtante aridité - mais il n’en est rien, car Jake Paltrow ne parvient pas à amalgamer correctement les ingrédients de sa recette. Le mélange du western et de l’anticipation ne produit rien, aucun sens, et notamment aucun regard sur l’Histoire. Le premier problème du film est d’ailleurs lié à sa temporalité. La voix-off du jeune Jerome Holm (Kodi Smit-McPhee) évoque les souvenirs de l’histoire douloureuse de son père et de ses terres. Il indique ainsi que les évènements racontés se produisent alors qu’il n’y a plus d’eau depuis dix ans et que seul Ernest (le père, Michael Shannon) a la mémoire du monde d’avant. Malheureusement, ces données acceptables se brouillent dès lors que Jake Paltrow révèle le territoire de l’action. Après avoir traversé les espaces désertiques et rocheux, l’arrivée dans la maison des Holm et les passages en ville donnent à voir un invraisemblable entassement d’objets hétéroclites puisés dans les vide-greniers des décennies précédentes : vieux téléphones portables, pick-up déglingués, poncho au crochet et machines futuristes au design démodé (fortement inspirées de George Lucas) fabriquées de manière étonnamment artisanale. Rien ne s’accorde. La bizarrerie de ce bric-à-brac pourrait séduire si certains choix n’étaient pas simplement dictés par les contraintes d’un scénario mal fichu. Ainsi, l’absence remarquable des médias de l’image (la télévision semble n’avoir jamais existé) au profit de la radio (qui ne diffuse que de vieux titres) ne s’explique par que par la nécessité de ménager l’effet de la scène de révélation avec l’écran du Simulit Shadow (le robot-âne transporteur). Et puisque le scénario est fait de bifurcations et de voies sans issues, on tente d’y mettre artificiellement de l’ordre avec un chapitrage en trois parties annonçant différents points de vue qui n’apporte rien (Ernest Holm, Flem Lever, Jerome Holm : du plus âgé au plus jeune), aucune surprise, car la voix-off du début et la première scène du film qui se termine par deux morts violentes, annoncent bien trop clairement la suite. Il n’y a là ni folie ni rigueur, seulement de la maladresse[1].

YOUNG ONES

Dès lors, le réalisateur n’aura de cesse de surligner son propos. La première partie du film donne ainsi lieu à une pénible accumulation de justifications grossières de la présence de vies humaines dans une contrée sans eau: de la nourriture réduite à une bouillie sous-vide à la  vaisselle à la terre sèche, en passant par le pulvérisateur-lessive pour le linge. Ces images n’intriguent qu’un instant ; elles ne montrent pas l’étrangeté de cette rude humanité au bord de l’apocalypse car elles succombent sous le poids de leur fonction explicative. Finalement, c’est l’aspect archaïque de cette humanité qui apparaît le plus nettement. Dans cette contrée, la terre et la survie ne sont pas l’affaire des femmes. La fille (Elle Fanning) s’enfonce dans une hystérie agaçante, et la mère paralysée (qui se déplace grâce à un système de câbles de déambulation) est maintenue à l’écart et trompée. Les figures féminines passives, manipulées (et coûteuses!) subissent la loi violente d’un monde d’hommes actifs et toujours en mouvement[2].

YOUNG ONES

On peut accepter cet univers rétro-futuriste où la bataille de l’eau et de la terre se livre entre hommes rongés par le désespoir, la vengeance et la jalousie, mais la mise en scène de ces noirs sentiments et de cette violence peine elle aussi à donner l’ampleur espérée à la tragédie. Le duel entre Ernest Holm et Flem Lever (Nicholas Hoult) se joue dans une désagréable surimpression des deux visages et d’une arme blanche, et sa redite sous forme d’images numériques monochromes ne bouleverse que parce qu’elles font couler de grosses larmes sur les joues du Jerome Holm. Les destins singuliers de ces trois personnages, pourtant portés par des acteurs talentueux, finissent par être plombés par une mise en scène trop symbolique (les contre-plongées meurtrières qui lient le destin du fils et du père et le piège du trou - appris avec le père pour capturer un animal - qui se referme sur Flem, le prédateur) et une recherche souvent vaine de la belle image (le ciel bleu sans nuage/la terre ocre, les rayons du soleil /l’effet lens flare sur le chantier, l’écoulement du sang/du vernis) et de l’effet, comme l’horrible time-lapse du champ de blé[3]. Il faut enfin ajouter à cela la convocation pêle-mêle de tous les maitres du western (Ford, Leone, Mann notamment), de George Lucas et des Mad Max dans des clins d’œil simplement juxtaposés qui anéantissent l’ambition du film hybride.

Malgré la qualité de ses acteurs et les bonnes intentions de son réalisateur, Young ones restera pour moi une terre infertile.

YOUNG ONES

[1] maladresse des ellipses qui ne provoquent jamais aucune surprise.

[2] L’apparition de la jeune fille aux oreilles qui dépassent des cheveux dans la scène de la frontière ouvre sur un ailleurs où la femme est moderne et libre… Une recherche d’équilibre totalement inutile.

[3]Il faut tout de même retenir le remarquable travail de composition du cadre.

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Céline P.


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