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AOUT, LE CINEMA ET MOI

05 août 

Elle m'a dit « pour moi, c'est du charabia », puis elle s'est endormie devant Ma nuit chez Maud. Juste avant, elle avait regardé Le Genou de Claire en entier. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Peut-être pour vérifier qu'elle en avait bien deux (le titre du film l’avait beaucoup inquiétée), peut-être pour ne pas aller au lit, peut-être pour être avec moi... Après le film, elle m'a dit qu'elle avait trouvé étrange qu'on attende aussi longtemps avant de voir Claire et que la fin était bizarre, mais qu'elle a bien aimé parce que « c’est drôle ». De l’omniprésence des dialogues et du jeu des acteurs, elle ne dira rien. Aucune remarque, aucune interrogation. 10 ans, le bel âge.


10 août

Une matinée, deux films… et deux déceptions.

Trois Cœurs de Benoît Jacquot se présente comme un film de regards et de battements, mais ses pulsations tragiques me semblent convenues et ne m’atteignent jamais. Il y a un rendez-vous manqué de plus dans Trois Cœurs… celui du film et de la spectatrice que je suis.

Party Girl. Il y a des mots qui, au cinéma comme dans la vie, nécessitent d’être manipulés avec précaution. Claire Burger, Marie Amachoukeli et Samuel Theis ont-il mesuré le terrible effet de ce « Je t’aime » soufflé hors-champ avec la force d’un ordre par « le fils préféré » au frère qui ne trouve pas ses mots dans la scène des discours aux mariés ? Quand le réalisateur dirige dans la fiction sa famille du réel, il y a quelque chose qui ne passe pas… Les choses étaient différentes dans Forbach. Dans son court-métrage, Claire Burger offrait une vraie scène à Mario, et Samuel n’était qu’acteur. Dans Party Girl, les personnages secondaires que sont les frères et sœurs sont réduits à de simples visages typiques sans histoire, sans mots. Seule la "Party girl" existe. Cependant, la caméra a beau suivre au plus près Angélique et tenter ainsi de sublimer celle qui s’efforce de prendre un nouveau départ, ce geste esthétique me semble paradoxalement manquer de bienveillance et de générosité. Finalement, c’est Michel, celui qu’Angélique maintient toujours à distance, et donc aux limites du cadre, qui me touche le plus… Peut-être parce qu’il est « la pièce rapportée » de la fiction qui échappe à l’ambiguïté dérangeante et sans issue de ce récit hybride.

 

13 août

L’Etudiant de Darezhan Omirbayev. Quelle lumière ! Quelle noirceur ! Ce regard-caméra final me poursuivra longtemps.

AOUT, LE CINEMA ET MOI

14-15 août

00h00. Quelques signes et un lien, je clique. Les notes de la Pavane pour une infante défunte de Ravel me submergent et les larmes coulent. Je pense à Christine Pascal, au « Petit prince... » et à Elle… Il y avait un autre "coup de hache", mais celui-ci ne peut s’écrire. Une note, une image, une voix d’enfant qui fredonne la comptine, suffisent à rouvrir la cicatrice. Le lendemain, la lecture de l’article « Le Plaisir des larmes » de Carole Desbarat parviendra à panser la blessure.

 

« La fillette s’endort sur l’herbe, la musique s’éteint et seuls veillent des insectes tutélaires que Jacques Comets monte en très gros plans pour moduler l’angoisse du spectateur…dans ces valeurs, les insectes peuvent être inquiétants, ils n’en rappellent pas moins les animaux qui veillent sur l’itinéraire de la barque dans La Nuit du chasseur.

Le miracle n’aura pas lieu, en tout cas le miracle médical, mais il se produit pour le spectateur, au plan symbolique : un papillon réveille Violette, et fort de cette petite mort vécue parce que crainte quelques secondes, le spectateur pourra, une demi-heure plus tard, affronter la mort cinématographique de l’enfant qui s’éteint dans un pudique et cruel fondu au blanc final. »

AOUT, LE CINEMA ET MOI

15 août

Moonwalk one de Theo Kamecke. Splendeur visuelle et maîtrise du montage permettent de comprendre l’émotion des témoins de l’évènement et les interrogations que ce premier pas a pu susciter à l’époque. Alors que les fictions interstellaires actuelles tendues vers l’infiniment grand et le spectaculaire se détournent souvent de l’humain (l’acteur), il y a quelque chose d’émouvant à découvrir dans ce documentaire le travail minutieux des couturières de combinaisons spatiales.

 

15 août – 23 août

Boyhood. Je vois le film et je ne l’aime pas. Je veux l’écrire. Je veux expliquer ce qui, pour moi, ne fonctionne pas dans ce film-concept. J’écris, j’efface, j’abandonne et je reprends pendant des jours. L’article, long mais inachevé, n’apparaîtra finalement jamais sur ce blog. En lisant quelques critiques élogieuses sur Boyhood, je finis par comprendre que le problème ne vient pas du film de Richard Linklater, mais de moi. Je ne peux adhérer à ce dispositif qui dessine une ligne temporelle horizontale discontinue dont les sections constituées de petits instants de vie et de moments charnières sont toutes de tailles égales. J’ai besoin de pics dramatiques, de liens et de verticalité.

 

17 août 

Elle a fermé les yeux le 12 août. Ce soir, son regard rejaillit plein de détermination et d’élégance dans La Femme modèle de Vincente Minnelli. Eblouissante!

AOUT, LE CINEMA ET MOI
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19 août

« On aimerait bien voir un film de ton Bruno Podalydès ? » Je leur dévoile Le Mystère de la chambre jaune. L’intrigue est à peine mise en place qu’ils m’assaillent de questions. Je ne réponds pas et impose le silence. Quelques minutes plus tard, on me glisse un petit mot plié en quatre, puis un autre et un autre... Chaque note est une proposition de coupable avec argumentation à l’appui. La séance familiale devient un Cluedo muet. Au quatrième mot, je lis : « C’est l’espagnol [Larsan] parce qu’il était déjà au château quand Rouletabille arrive. En fait, il est arrivé la veille. C’est lui qui a envoyé le mot à Mathilde parce qu’il est amoureux d’elle. ». Le film se termine ; ils ont gagné la partie.

 

23 août

Je m’apprête à m’envoler pour l’Islande lorsque je reçois un gentil message de Marchouillard.

Vous ne savez pas qui est Marchouillard ?

C’est un cinéphile qui modèle ses maîtres, un réducteur de fortes têtes de l’histoire du cinéma; il les réduit si bien qu’elles tiennent dans sa main.

Dans sa Cinémamecque, les maîtres s’animent, devisent et écoutent même une leçon de cinéma de Stéphane Bou et Jean-Baptiste Thoret.

Dans son temple du cinéma, la politique des auteurs rencontre la poésie du modeleur. Merci Marchouillard !

AOUT, LE CINEMA ET MOI

23 août- 30 août

Keflavik-Höfn-Reykjavik. Je suis venue chercher le vent. Quelques jours avant de partir, j’avais décidé de mettre la fiction sur "pause", de ne plus me contenter du bruit du vent qui traverse la salle obscure… Mais la route N1 s’ouvre sur un studio de cinéma à ciel ouvert infini. Faust, James Bond, Noé, les « pères » de Clint Eastwood ou Walter Mitty sont venus ici avant moi. Les lieux semblent taillés pour les récits monumentaux et spectaculaires. Pourtant, c’est une image bien plus intime et fragile qui me hante pendant cette semaine. Cette image du bonheur est ma seule quête.

 

La première image dont il m’a parlé, c’est celle de trois enfants sur une route, en Islande, en 1965. II me disait que c’était pour lui l’image du bonheur, et aussi qu’il avait essayé plusieurs fois de l’associer à d’autres images - mais ça n’avait jamais marché. II m’écrivait : «... il faudra que je la mette un jour toute seule au début d’un film, avec une longue amorce noire. Si on n’a pas vu le bonheur dans l’image, au moins on verra le noir.»

Sans Soleil, Chris Marker (1983)

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Céline P.


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