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WINGS/LES AILES, William A. Wellman (1927)

COMME UNE ETOILE FILANTE

 

Ces dernières années, j’ai assisté à plusieurs ciné-concerts à l’opéra, au théâtre, dans un centre culturel ou une médiathèque. A chaque fois, je connaissais le film, je l’avais vu plusieurs fois et souvent avec des musiques d’accompagnement différentes (c’était le cas par exemple pour Nosferatu, de F.W. Murnau). Il s’agissait donc surtout pour moi d’apprécier (ou non) la qualité de la proposition musicale. Mercredi dernier, les choses ont été bien différentes et absolument merveilleuses. Parce que je n’avais jamais vu le film de William A. Wellman, parce que la séance se déroulait pour une fois dans une salle de cinéma, parce qu’on respecta l’entracte d’origine, j’ai cru assister à une projection dans une grande salle américaine en 1927, une salle aussi somptueuse que celle de la première séquence de Chantons sous la pluie. Mon cinéma était devenu, pour une soirée, une salle de spectacle grandiose, hollywoodienne…et moi, j’étais en jeans-baskets.

 

Si l’effet fut si puissant au point de faire oublier à tous les spectateurs du film leur fatigue et les 2h30 du film, c’est d’abord grâce à l’exceptionnel accompagnement musical du Quatuor Prima Vista, accompagné pour Wings d’un trompettiste et d’un percussionniste. La partition originale composée par Baudime Jam est en effet une véritable musique de film, respectueuse de l’œuvre projetée qui est d’ailleurs suivie directement par les musiciens sans aucun artifice (ni minutage, ni écran de retour). Elle est parvenue à renforcer, sans l’écraser, le souffle épique de cette œuvre époustouflante.

 

WINGS/LES AILES, William A. Wellman (1927)WINGS/LES AILES, William A. Wellman (1927)WINGS/LES AILES, William A. Wellman (1927)

William Wellman, choisi par la Paramount en raison de son expérience en tant que pilote militaire et cascadeur aérien, réalisait alors son troisième film et il fit de Wings, la matrice de tous les films de guerre. Tout est là, les chorégraphies aériennes spectaculaires (réalisées sans trucage) dynamisées par un parfait sens du montage, les plongées sur les champs bombardés, la grande maîtrise de la tension dramatique entre des scènes intimistes au sol qui ne sont jamais négligées et des envolées héroïques qui sont autant de blocs d’action pure. Le réalisateur excelle aussi dans le jeu des échelles. Les plans d’ensemble d’un ciel d’orage réduisent les avions à des miniatures, dont les flammes coloriées soulignent parfaitement le drame de la mort au combat; tandis qu'un très gros plan sur un petit ours en peluche oublié au camp de base annonce le destin tragique d'un homme, d'un fils. Par ailleurs, le mouvement ne se limite pas aux séquences de combat avec caméra fixé sur le biplan, Wellman sidère aussi avec un grand travelling avant au-dessus des tables de couples s’enivrant aux Folies Bergère, ou avec ce plan dans lequel la caméra épouse le mouvement d’une balançoire. On a oublié qu’on savait déjà tout faire et on se demande comment il a pu le faire. Parce qu’on en revient toujours à cette illusion d’un cinéma muet statique, la magie de ces (re)découvertes est décuplée.

WINGS/LES AILES, William A. Wellman (1927)WINGS/LES AILES, William A. Wellman (1927)

C’est grâce à ce travail de cadre rigoureux et inventif que le réalisateur parvient combiner le récit de l’amitié/rivalité de Jack Powel (Charles "Buddy" Rogers) et David Armstrong (Richard Arlen) et les évènements de la Bataille de Saint-Mihiel durant la Première guerre mondiale. Il accorde notamment une attention toute particulière aux visages et aux regards, saisissant avec le même soin la détermination (ou l’inquiétude) du jeune aviateur en vol et l’amour (ou l’inquiétude) de l’éblouissante Mary (Clara Bow)[1]. Enfin, le plaisir du film tient aussi à ses trouvailles visuelles qui n’appartiennent qu’à l’époque du muet. La délicieuse naïveté des surimpressions de bulles de champagne qui s’échappent de tout ce que regarde Jack émerveille d’autant plus que cela donne lieu à une compétition entre deux femmes. Mary, un instant débarrassée de son uniforme[2], l’emporte parce que sa robe pailletée diffuse des centaines de bulles qui ravissent le jeune lieutenant qui souhaite, pour une nuit, oublier les horreurs de la guerre. Sublime ! De la même manière, la détresse et le deuil de la famille Armstrong sont donnés à voir, avec une pudeur certaine dans le traitement du mélodrame, en un plan isolant la mère, le père paralysé et leur jeune chien dans l’encadrement d’une porte.

Le charme de Clara Bow, l’apparition renversante du jeune Gary Cooper, l’héroïsme justement dosé du récit[3] et la virtuosité de la mise en scène font de Wings, une des plus vives étoiles filantes du cinéma muet hollywoodien. Quel bonheur d’avoir vu cette étoile passer dans l’obscurité de ma salle de cinéma préférée !

WINGS/LES AILES, William A. Wellman (1927)WINGS/LES AILES, William A. Wellman (1927)

NB: La ressortie du film est annoncée pour le 05 novembre.

 

[1] D’ailleurs, les intertitres m’ont paru peu nombreux.

[2] Pendant le tournage, Clara Bow avait insisté pour faire en sorte que l'on voie ses courbes malgré l'uniforme militaire qu'elle devait porter. 

[3] L’accueil triomphal de Jack Powel au retour de la guerre ne dure qu’un instant. Les victoires et les honneurs sont rapidement traités, et William Wellman n’oublie pas d’aborder l’expérience traumatisante du combat.

William A. Wellman.

William A. Wellman.

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Céline P.


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Marie-Hélène 14/06/2017 20:03

http://quatuorprimavista.online.fr/Les_cine-concerts_du_Quatuor_Prima_Vista/WingsTrailerFr.html

Marie-Hélène 14/06/2017 20:02

Voici (lien internet) un condensé de 15 minutes de ce ciné-concert qui vient de triompher aux États-Unis.

Céline P. 16/06/2017 10:42

Merci beaucoup pour ce lien et le plaisir partagé.