Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

OCTOBRE, LE CINEMA ET MOI

05 octobre

Rencontre émouvante avec les jeunes années d’un cinéphile qui m’est proche. Dans cette caisse qui déborde, je croise Resnais, Marker, N. Ray, Walsh, Pasolini, Fellini, Vigo, Fassbinder, Wenders, Bazin, Douchet, Marilyn… Je promets de prendre le plus grand soin du trésor qu’il me transmet aujourd’hui. Merci.

OCTOBRE, LE CINEMA ET MOI

07 octobre

Je n'ai lu aucune critique. Les couvertures des Cahiers du Cinéma et de Positif me font de l'œil, mais je résiste. Je ferme les yeux devant les tweets excités de ceux qui l'ont déjà vu. Malgré tout, un peu comme pour La Vie d'Adèle, Mommy est en ce moment, pour moi, un film impossible à regarder vraiment.

 

08 octobre

Barton Fink sur grand écran. Je passe deux heures debout au fond de la salle pour observer ces spectateurs qui sont un peu les miens, et pour entendre le doux murmure de la projection en 35 mm. La musique de Carter Burwell envahit toute la salle. A mesure que le papier peint se décolle des murs de la chambre d’hôtel de Barton, les dos se décollent des sièges ; tous sont happés par la puissance des images des frères Coen. A la fin de la séance, certains demandent à se faufiler dans la cabine. D’autres avouent avoir eu envie d’applaudir, mais "ça ne se fait plus madame". Et pourquoi pas ?

 

11 octobre

Soudain, le train s’arrête au milieu de nulle part. Il doit redémarrer dans un instant. Il attend l’autorisation de reprendre le voyage. L’autorisation ne vient pas. Paris - et son avant-première de National gallery au Louxor en présence du réalisateur - devient à chaque minute plus impossible à rejoindre. Dans le livre qui m’accompagne alors, il n’y a ni Paris ni Londres, mais une île italienne nommée Panarea :

 

« La logique, le bon sens, la raison suggèrent d’arrêter. De l’avis général, je devrais aller à Rome régler les choses. Je ne sais pourquoi, cette solution m’irrite particulièrement et provoque en moi une forme de révolte. Il est trop évident d’interrompre le film, de partir. Mais je sais que si je l’interromps, même un seul jour, je ne le reprendrai plus, et toute la pellicule déjà impressionnée sera bonne à jeter. J’ai avec moi vingt mille mètres de négatif, la caméra et quelques amis : Monica Vitti, mes assistants Franco Indovina et Gianni Arduini, le décorateur Pietro Poletto, le chef opérateur Aldo Scavarda, le preneur de son Claudio Maielli. Voilà mon équipe. Les seuls prêts à me suivre, quels que soient la mer, les obstacles matériels ou l’état de notre moral, pour ne pas arrêter le film. Le marin qui nous emmène chaque matin à Lisa Bianca vient me dire qu’il serait déraisonnable de sortir aujourd’hui et que de toute façon lui aussi est en grève. Que faire ? La gorge serrée, je reste là, un moment, devant le regard ironique des pêcheurs. (…) Une heure après, nous avons trouvé une autre barque, où nous avons réussi par miracle à monter tous dedans et à prendre le large, nous sept, pour continuer ce film dans lequel nous croyions, nous seuls. »

 

Michelangelo Antonioni. Automne 1959, Panarea, durant les prises de vue de L'Avventura.

 

17h00. Ceci n’est pas une masterclass. Ce n'est pas une leçon, et pourtant j'y apprends beaucoup sur son travail. La parole de Bertrand Bonello est claire, simple et concrète. Son mot d'ordre est le plaisir. Si la scène est une contrainte, si le mot est une gêne ("masterclass"), alors il l'enlève.

 

20h00. Cindy, the doll is mineWhere the boys areMy new picture. Des sons, des musiques et, surtout, des larmes. Il y aurait beaucoup à dire sur les larmes des femmes chez Bonello.

OCTOBRE, LE CINEMA ET MOIOCTOBRE, LE CINEMA ET MOIOCTOBRE, LE CINEMA ET MOI

12 octobre

Cinémathèque française. Exposition François Truffaut. Pour les visiteurs qui ne connaissent pas le cinéaste, la découverte est belle. Les archives y sont magnifiquement mises en scène, de la porte cochère qui cache le cartable de l’école buissonnière à la reconstitution du bureau, en passant par les murs de dossiers qui cachent archives vidéo ou lettres aux actrices. Comme toujours, mon attention se concentre sur les documents de tournage, les notes de travail et les scénarios. Et puis, il y a ce petit carnet de Claude Véga, ami d’enfance de François Truffaut, où sont notés les films et les pièces de théâtre vus entre 1943 et 1944. Les titres sont coloriés et décorés. On y lit le nom des acteurs, les noms des cinémas et une note sur 10 souvent généreuse. En y regardant de plus près, je découvre que le carnet est aussi un livre de compte. En effet, le prix de chaque séance est toujours consigné en tout petit, dans un coin : « payé 10 francs », « payé 20 francs » et parfois, « pas payé 20 francs ».

OCTOBRE, LE CINEMA ET MOIOCTOBRE, LE CINEMA ET MOI

Saint-Maur-des-Fossés. Aucune trace de Monsieur Hulot. Aucun chien en liberté dans les rues. Aucun vendeur de beignets à la confiture au noir tablier. Pourtant, je suis bien ici Sur les pas de Mon oncle. Arrivée Place Jacques Tati, je découvre l’ambiance chaleureuse de ce festival du court-métrage. Les jeunes cinéastes qui montent sur la scène à l’issue de la projection sont émus, mais ils parviennent toujours à transmettre avec clarté leur passion et savent défendre leurs choix. Ils m’épatent.

OCTOBRE, LE CINEMA ET MOI

17 octobre

Les Couleurs de la toile (http://lescouleursdelatoile.wordpress.com/) sont dans ma boîte aux lettres. Badge, cartes postales et petit mot. La « Zone » offre une belle programmation. Je ne pourrai pas à me rendre aux séances de ce ciné-club. J’accroche le badge à mon sac « expo Truffaut ». Vive les ciné-clubs !

 

OCTOBRE, LE CINEMA ET MOI

21 octobre

Légère fatigue et grosse envie de canapé. Dans le catalogue VOD du câble, un film semble parfaitement correspondre à mon humeur, puisqu’il s’intitule Libre et assoupi. Le trio Lecaplain – Le Bon - Moati fonctionne bien. Cependant, la comédie ne parvient pas vraiment à trouver l’équilibre entre les blagues potaches et les scènes fantaisistes vaguement poétiques. Je n’y trouve pas l’audace qui me pousserait à sortir de mon confortable sofa pour aller voir de la comédie française en salle. La VOD sied parfaitement à ces films parfois charmants, toujours inoffensifs, dont les récits constitués d’une suite de saynètes tolèrent la pause, la vision inachevée du soir… qui se termine le lendemain matin. Assoupie et libre.

 

22 octobre

Anniversaire de Catherine Deneuve. Relecture d’Une certaine lenteur, un entretien entre Arnaud Desplechin et Catherine Deneuve. La préface du réalisateur – "Celle par qui le scandale arrive"  – est une déclaration d’amour définitive. Desplechin fait de l’actrice l’égal de Godard, Truffaut ou Scorsese : « Depuis que Deneuve compte, le cinéma ne plus se filmer pareil. Voilà. Cette femme a tout changé. » Il affirme aussi que son « refus du « théâtre » », « cette forme si singulière de rébellion » fait de Catherine Deneuve « l’actrice préférée des enfants ». Enfin, « parce que Catherine Deneuve est une fille, et qu’elle ne cédera jamais sur ce point », la jeune critique de ce blog et moi fêtons cet anniversaire ensemble.

 

23 octobre

J’ai la bougeotte, un terrible besoin d’aller trimballer ma cinéphilie ailleurs. Deux heures plus tard, le train et l’hôtel sont réservés. J’embarquerai, bloc-notes en poche, pour le festival Entrevues de Belfort le mois prochain.

Publication de mon article remanié sur Les Ailes de William Wellman sur le site Cinecdoche (http://cinedoche.com) Une nouvelle aventure, moins clandestine, commence avec une belle équipe.

 

27 octobre

Lecture de l’ouvrage de Bertrand Bonello et Emmanuel Burdeau, Films fantômes.

« Les films fantômes sont évidemment les plus beaux parce qu'ils ne sont pas ratés. Mais les films fantômes ne sont pas des films invisibles. (...) Depuis dix ans, j'ai maintenant tellement vu les miens que je n'ai plus besoin de les faire. »

Je vois La Mort de Laurie Markovitch, ce beau visage en larmes… La lecture est fluide, je l’accompagne des musiques qui sont mentionnées dans le scénario. La "maison" Bonello, hantée par ses fantômes, me plaît de plus en plus.

OCTOBRE, LE CINEMA ET MOI

Mommy. Pourtant, j’avais choisi le moment, l’humeur et le jour qu’il fallait pour donner toutes les chances au film de Xavier Dolan. Lorsque j’ai pris le billet, je me sentais disponible, prête à accueillir ces visages en gros plans enfermés dans un carré. Mais les larmes ne sont pas venues, l’émotion a à peine affleuré. Seuls les adieux des deux voisines et l’explosion de Diane dans le parking souterrain après la scène du karaoké m’ont un peu serré la gorge. La puissance inouïe du cinéma de Xavier Dolan ne souffre aucune discussion, aucune mise en question. Elle s’impose à l’image et au son dès les premières minutes. Alors que Diane récupère son fils exclu du centre de rééducation et qu'elle doit digérer l’entretien houleux avec la responsable, le problème de voiture, et la perspective de lendemains difficiles ; Xavier Dolan sature le spectateur de tous ses partis pris (des dialogues percutants, une chanson pop sur-signifiante, un format inhabituel, une caméra au plus près des personnages…). Après les trois cartons qui plantent l’action dans un futur proche difficile à justifier autrement que par la volonté d’inscrire à l’écran une fatale destinée à laquelle les protagonistes n’échapperont pas, la puissance immédiate du film m’anesthésie. Le film s’avance vers moi pour s’imposer et ne me laisse pas une seconde pour venir à lui. Je ne trouve ma place que dans les trous du récit (la vie de Kyla) et dans les plans larges (skate et caddie ; c’est dans ces plans que le format 1/1 se justifie le plus nettement) ; là où Dolan ne cherche pas à me terrasser, là où il me laisse la possibilité de projeter et la liberté de regarder.

 

30 octobre

Le Paradis en présence d’Alain Cavalier. Je me demande comment font les critiques pour écrire sur les films des cinéastes qu’ils connaissent. Parce que je l’ai vu braquer sa caméra vidéo sur deux verres de bière pour en enregistrer la robe dorée et la fraîcheur, parce que j’ai vu ses mains et constaté l’élégance et la délicatesse de ses gestes, parce que j’ai vu ce regard si singulier – mélange d’étonnement enfantin et de sage acuité- se poser sur tout ce qui l’entoure, je ne peux plus rien écrire sur Le Paradis. Ce soir, Le Filmeur est sorti de l’écran.

 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Céline P.


Voir le profil de Céline P. sur le portail Overblog

Commenter cet article

Oriane 23/11/2014 20:29

Merci Céline pour ce mois de tribulations cinéphiles qui me rappellent d'aller voir l'exposition Truffaut. Je suis tout à fait d'accord pour Mommy : ton expression sur ce film qui, marche en avant, ne fait que provoquer le recul par son élan sans précautions rejoint ce qui, pour moi, s'apparentait plus à la surcharge du film qui livre tout d'un coup, en particulièrement sur sa fin. Cela peut sembler tragique mais je pense que le film doit aussi son succès à cette spontanéité d'aller de l'avant. Il n'y a guère d’ambiguïté, guère de zones d'ombre où l'on peut se nicher et se construire son propre abri de spectateur. Je pense que cela a en soi quelque chose de rassurant pour d'autres spectateurs car il y a au final de la place ouverte pour tous. Mais, personnellement, je préfère la traque angoissante, car inexpliquée et plus étriquée dans la place qu'elle propose au spectateur, entre Tom et Francis dans Tom à la ferme.
à bientôt pour novembre !

Céline P. 23/11/2014 21:50

A mon tour de te remercier pour ce commentaire. Je comprends parfaitement le succès du film, et je ne critique pas ceux qui ont été émus. Ce soir là, je les enviais même. Cependant, j'ai l'impression (mais peut-être que je me trompe) que la force émotionnelle du film ne perdure pas longtemps après la vision du film. Alors que je garde des souvenirs très précis de Laurence anyways, Mommy a presque déja disparu.