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NOVEMBRE, LE CINEMA ET MOI

02 novembre

Une salle pour chacune. Pour moi, c’est la reprise de Johnny got his gun. Pour elle, c'est la découverte de Woody Allen. A la sortie de Magic in the moonlight, elle me confie qu’elle a changé de place parce qu’il y avait des bavards derrière elle, et que les autres spectateurs se sont étonnés de voir une aussi jeune spectatrice dans la salle. Elle me résume le film ainsi : « Une comédie romantique avec des gens qui croient et des gens qui ne croient pas, où on boit beaucoup de whisky et où même la fille que se dit pauvre a de super belles robes. »

 

05 novembre

Magnifique version restaurée de Cléo de 5 à 7. Aux plus jeunes, il a fallu expliquer ce qu’est "un 5 à 7" et ce que sont les "rayons" évoqués par le médecin à la fin. On a beaucoup parlé de Cléo… Mais plus le temps passe, plus le film d’Agnès Varda devient pour moi « Florence de 5 à 7 », et plus elle me bouleverse.

NOVEMBRE, LE CINEMA ET MOINOVEMBRE, LE CINEMA ET MOI
NOVEMBRE, LE CINEMA ET MOI

09 novembre

Un petit « clic » et ma journée bascule dans un cauchemar viral virtuose. Un générique se répète inlassablement à la manière de Huit ça suffit, de Roseanne, de Mariés deux enfants, autour du canapé face caméra ou de la table ronde de la cuisine. Les personnages, toujours plus nombreux lancent des sourires inquiétants à l’objectif. Too many characters à transporter dans les univers de Dallas, du dessin animé, de la série policière, de l’odyssée spatiale… Too many characters poursuivis par leur nom jusqu’aux coulisses du studio… Too many characters à éliminer, à dévorer, à remplacer. Too many cooks.

 

10 novembre

Edge of tomorrow . Depuis plusieurs semaines, il me réclamait « le film comme Un jour sans fin avec des extra-terrestres ». Mais si j’adore le film d’Harold Ramis, j’ai un intérêt assez limité pour les créatures venues d’ailleurs… Et puis, je cède. On s’installe tous les deux dans le canapé pour un voyage dans le temps qui se révèle rapidement jubilatoire. Tom Cruise court, s’écroule, se relève inlassablement. Game Over. Même joueur joue encore. Un jeu vidéo sur fond de guerres passées et futures se transforme en récit d’apprentissage du geste parfait, à la faveur d’un fabuleux travail de montage. On ne prend pas attention à la romance et on peine un peu sur la fin (scène finale à Paris brouillonne, avec le surgissement quelque peu artificiel de personnages secondaires négligés jusqu’alors), mais qu’importe…Sur le sofa, on s’amuse follement et on court avec Cage.

 

11 novembre

Je ne vois pas Regarde les hommes tomber. Loin de ceux qui le découvrent aujourd’hui, je repense à Simon, à Marx et surtout à Johnny. Ses yeux grands ouverts, ses gestes et ses mots hésitants (« Il faut payer maintenant Monsieur s’il vous plaît! ») lui donnaient un air de petit oiseau égaré. Celui qui a su faire exister Johnny aux côtés de Marx (Jean-Louis Trintignant) et Simon (Jean Yanne), m’était d’abord apparu à vélo et coiffé d’un lourd casque dans Métisse. Il commençait alors une carrière de réalisateur pleine de promesses. Avec Jacques Audiard, Mathieu Kassovitz devenait ce formidable acteur qu’il ne voudra jamais être vraiment, mais qui m’émeut toujours profondément.

NOVEMBRE, LE CINEMA ET MOI

14 novembre

Vie sauvage. Le temps a passé. Le corps a pris de l’assurance. Le regard, toujours aussi vif, est devenu perçant. Mais la fragilité du jeune Johnny n’a pas totalement disparu. L’oiseau égaré, c’est maintenant celui qu’il montre aux deux enfants. Il est devenu celui qui protège et qui expose, celui qui ouvre au monde en même temps qu’il enferme dans la clandestinité de cette longue cavale. Il est ce bloc de détermination qui s’accorde parfaitement à l’âpreté du récit de Cédric Kahn et qui s’oppose avec une grande intensité à l’époustouflante Céline Sallette (qui porte dans la séquence finale tout le poids d’une décennie de combat maintenu dans le hors-champ). Regarde cet homme jouer…

 

28 novembre

20h25, Gare de Belfort. J’ai tout calculé : huit minutes de marche jusqu’à l’hôtel, puis six minutes jusqu’au cinéma. Cela doit être dense et épuisant, il le faut, car j’en ai envie. Je pose les bagages et je file au cinéma Pathé. Le lieu est chaleureux, si on fait abstraction du voisinage commercial sans âme. Je suis loin de mes habitudes de petites salles indépendantes de centre-ville. Ici, le cinéma se diffuse dans un peu plus d’une dizaine de salles ; quatre d’entre elles sont consacrées au programme du festival. Au bar, je suis une petite souris discrète qui tend l’oreille pour tenter de saisir les règles de ce festival. Chaque festival a son mode d’emploi, je comprends rapidement que je vais avoir quelques difficultés à m’accoutumer aux us et coutumes de celui-ci et que le choix du dernier week-end n’était peut-être pas le plus pertinent. En effet, je ne commencerai mon festival que le lendemain à 12h15… Je suis arrivée 7 minutes avant la fermeture de la billetterie. Pas de Kiyoshi Kurosawa pour moi, ce soir.

 

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29 novembre

Flash-back, remake, souvenirs, rétrospective et classement des films de l’année 2014… la grande affaire de ma journée, c’est le temps. Cela commence dans un café avec « l’année folle » des Cahiers du Cinéma. Je déteste les prix et les récompenses, mais j’aime infiniment les tops. Le classement général m’importe moins que ceux des rédacteurs. J’y vois des autoportraits. Ceux qui ont ma préférence sont ceux qui ne calculent pas, qui ne cherchent pas l’équilibre des genres et des horizons cinématographiques. Sur cette double page de traces subjectives de 2014, le commandant Van der Weyden, pistolet en l’air, semble annoncer le départ d’un sprint final imaginaire : « A vos tops, prêts, partez ! ». Je me lance donc à contre-sens : que me reste-t-il de 2014 ?

12h15. 

Les lumières s’éteignent, mon festival commence enfin. Immersion dans le labyrinthe du temps de Satoshi Kon. Du premier segment de Memories (Magnetic rose) à Millennium actress, de la cantatrice à l’actrice, je m’enfonce dans le vertige d’histoire d’amour perdus ou manqués, dans la confusion des hologrammes ou des scènes de vie ou de cinéma rejouées devant la caméra vidéo d’une chaîne de télévision dont les journalistes deviennent des acteurs. La virtuosité scénaristique et visuelle de Satoshi Kon m’éblouit d’autant plus qu’elle ne fait jamais écran aux sentiments. Il suffit de voir Chiyoko Fujiwara courir d’un film/temps/souvenir à l’autre et d’entendre sa respiration haletante pour ressentir les profonds tremblements de cette quête éperdue. Fascinants voyages dans le temps et la mémoire.

18h00.

Des jeunes femmes ont disparu en noir et blanc et en 8 mm en 1973. Le fait divers s’est reproduit en Super 8 et en couleurs en 1976. Aujourd’hui, le drame se rejoue en 3D, en « relief » comme le dit Jean-Claude Brisseau. Puisqu’on nous propose un voyage dans le temps d’un film re-re-fait, le réalisateur impose son ordre (2014-1976-1973). Dans son intérieur bourgeois –encore un film fait à la maison-, les corps des deux jeunes actrices ne trouvent la profondeur que dans une scène d’extase cosmique. La bouche de l’une d’entre elle s’ouvre sur une galaxie entière, les corps sont en apesanteur. Mais c’est ici bien davantage l’incrustation que la 3D qui fascine. L’utilisation du relief comme outil de dramatisation ne fonctionne que ponctuellement, dans la profondeur d’un couloir ou dans l’embrasure d’une porte de salle de bain ; car les efforts investis dans la technique sont souvent ruinés par la platitude des situations et des dialogues. Peu importe, il s’agit d’un test. Trois fois Jean-Claude Brisseau s’exerce, d’abord aux premières images, puis à la mise en scène du suspense en couleurs et en sons, enfin au relief. Trois fois, il raconte la même histoire ou presque… Je m’étonne de certaines modifications (la présence expliquée des ciseaux dans la version de 2014, alors qu’ils surgissaient dans le champ sans raison dans la version de 2014) et m’amuse de certaines permanences (le fils vouvoyant sa mère au téléphone), mais je reconnais que l’homme cherche, bricole et s’inquiète de l’effet produit. A la fin de la projection, il interroge l’audience : « Alors, ça marche ? »… Je disparais.

 

NOVEMBRE, LE CINEMA ET MOI

22h00

Lecture de La critique de cinéma à l’épreuve d’internet. Dans son article « L’âge chimérique de la cinéphilie », Antoine de Baecque écrit ceci : « Il est sûr que la cinéphilie a toujours été fondée sur l’invective, les luttes de chapelles. Mais l’on voit bien que, depuis quelques années, certains journaux ou critiques qui exerçaient auparavant leur légitimité incontestée se trouvent violemment remis en cause. Aujourd’hui, tout est troublé, mis en désordre, mais l’on ne comprend pas toujours au nom de quelle nouvelle légitimité. Ce grand désordre qui s’est emparé de la cinéphilie sur Internet consacre la fin définitive des grands maîtres critiques. » Ces mots me gênent autant que le cordon que j’ai eu autour du cou toute la journée. J’ai la désagréable impression de participer à ce désordre… Depuis hier, cette remise en cause de la légitimité des critiques s’exerce avec une grande agressivité sur les réseaux sociaux que je fréquente et sur lesquels je diffuse les liens vers mes textes… Quand Facebook me propose « Je ne veux pas voir ça », je pense « je ne veux pas être ça ». Je ne veux pas être une blogueuse critique avec une accréditation, je ne veux pas me sentir en mission quand je vais au cinéma et je ne veux pas prendre des notes entre deux séances. Je m’endors avec un seul objectif pour demain : prendre du plaisir et me saouler de films.

 

30 novembre

Corre Gitano/Hillbrow/Bla cinima/A tale/ The Mend. Trois longs métrages et deux courts métrages. 

FRAGMENTS

 

 

 

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Note pour plus tard : Revoir The Mend, lorsqu’il sera distribué en France.

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Céline P.


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Oriane 28/12/2014 17:52

Pour une fois, je peux réagir à beaucoup de ces notes toujours aussi agréables à lire, bercées d'impressions justes.
- le baptême du plaisir solitaire cinéphile passe malheureusement toujours par la rencontre avec les spectateurs incommodants. Entre bavardages, bruits de papier et de sacs fouillés, hautes têtes chevelues des premiers rangs et sièges grinçants, votre fille risque fortement de connaître ces mauvaises expériences plusieurs fois ! Heureusement qu'il y a les images et les sons et parfois des salles aussi silencieuses que dans le sommeil
- je n'ai découvert Cléo de 5 à 7 qu'en 2012, dans le cadre d'un cours passionnant. La spontanéité du film m'avait frappée, ainsi que la facilité avec laquelle Varda nous balançait d'un sentiment à un autre, arrachant peu à peu les barrières protectrices de son personnage, l'ouvrant aux autres.
- je n'ai pas vu Edge of Tomorrow, mais il est une adaptation d'un manga au titre moins poétique et graphiquement bien plus violent, "All you need is kill"
- je n'ai jamais vu Regarde les Hommes tomber, étant peu attirée par le cinéma de Jacques Audiard. Ces quelques mots me donnent cependant très envie de le découvrir.

- "Il suffit de voir Chiyoko Fujiwara courir d’un film/temps/souvenir à l’autre et d’entendre sa respiration haletante pour ressentir les profonds tremblements de cette quête éperdue.". je suis profondément touchée de lire ces mots qui portent totalement ce film que je juge comme étant le plus bouleversant dans l'oeuvre de Satoshi Kon. Beaucoup le rejettent cependant au profit de la fantaisie de son Paprika, mais Millenium Actress fonde cependant la veine terriblement romantique du cinéaste. La course de Chiyoko perd rapidement de sa qualité mentale par l'extraordinaire force d'effacement des frontières à l'oeuvre, ce qui fait qu'on y croit. En outre, cette force n'est jamais uniforme ni répétitive, elle est ponctuée de variations discrètes, voyant le personnage mûrir dans sa quête, devenir adulte, et je pense qu'il y a là une très grande finesse de la part de Kon dans le portrait de son personnage féminin.

Céline P. 28/12/2014 18:35

Merci pour ce formidable commentaire. C'est un vrai plaisir de voir qu'un dialogue peut naître de ces petits récits intimes d'une vie de cinéphile. Le film de Satoshi Kon a été, de loin, ma plus belle découverte à Belfort. J'ai été éblouie par l'audace des transitions et par la richesse du personnage féminin. Je crois d'ailleurs comprendre que la femme est au coeur des oeuvres du cinéaste. Merci encore.