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PHANTOM BOY

« On veut voir Phantom boy ! C’est le nouveau film de ceux qui ont fait Une vie de chat. » Ils n’ont plus de souvenir précis de l’histoire du chat Dino, de Zoé, la fille de la commissaire de police, et de Nico, le cambrioleur, mais ils se souviennent d’une intrigue haletante et des nuits de Paris. Cette fois-ci, c’est New-York, les gratte-ciel et un jeune héros au pouvoir extraordinaire, alors l’attente est grande. Aujourd’hui pourtant, je ne leur laisse pas la place sur ce blog, ou plutôt, j’écris notre enthousiasme commun, nos émotions partagées, ce qui fait déjà de Phantom boy une rareté.

PHANTOM BOY

NOUS avons aimé le film d’Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli de la même façon et pour les mêmes raisons. Alors que la plupart des films d’animation rassemblent les familles dans la salle obscure pour aussitôt les séparer pendant la projection (c’est notamment le principal reproche qu’on puisse faire à Vice Versa), Phantom boy embarque parents et enfants sans distinction dans les rues de la métropole américaine menacée par l’homme au visage cassé. Ici, les réalisateurs n’usent ni de la connivence entre adultes par le biais de références souvent déconnectées du propos du film, ni d’un humour à deux vitesses. Pourtant, les clins d’œil et les hommages ne manquent pas, mais ils s’intègrent parfaitement à un film dont l’action se déroule dans une ville-monde cinématographique dont les jeunes spectateurs ont déjà une représentation fortement influencée par le cinéma. Ainsi, Fenêtre sur cour et Manhattan peuvent traverser le film tout autant que les films de super-héros ; grands et petits y trouvent le même plaisir de la citation d’un New-York de fiction familier. De la même manière, si le parent cinéphile relève l’influence de Saul Bass dans le générique du film, il se trouve vite subjugué par sa fluidité, sa vitesse et la perfection de son graphisme, comme ceux qu’il accompagne.

PHANTOM BOY

En effet, dès les premiers plans du film, l’émerveillement naît d’abord de cette animation de dessins réalisés au crayon ou à la craie à la cire, dont la technique apparaît à travers des vibrations qui soulignent toute la sensibilité, la fragilité de Léo, garçon atteint d’un cancer qui possède l’extraordinaire capacité de se dédoubler et de traverser tous les espaces en devenant invisible. Le dessin constamment en mouvement accompagne tout autant les échappées fantastiques et périlleuses du jeune héros condamné à garder la chambre, les plans d’ensemble de la ville qui ne dort jamais ou l’émotion d’une mère inquiète veillant son fils endormi, et entremêle ainsi par la forme (traits et palette de couleurs) les deux enjeux du film, la guérison et l’arrestation du terrible homme au visage cassé avant que celui-ci ne diffuse son virus informatique. De la même manière, le travail sur les ombres, apparentées au polar, sert également le fantastique. C’est par ce savant équilibre des genres et des tons que Phantom boy éblouit le plus.

Loin d’éluder la maladie, le film en traite les bouleversements (pour Léo et sa famille) avec une grande sensibilité. D’ailleurs, le premier envol de Léo n’est pas lié à l’intrigue policière, mais au souci de l’enfant d’accompagner sa mère (qui s’effondre en larmes dans la voiture) jusqu’au foyer familial qu’il ne peut rejoindre. Les échappées du garçon invisible sont d’abord des défis à la géométrie de la ville dont l’architecture rectiligne et verticale (la skyline du générique) est brisée par les courbes que dessine ce corps transparent alors en liberté (la flamme de la statue de la liberté, le passage des murs). Plus tard, lorsque l’intrigue est lancée, les scènes d’action pleine de vitalité se construisent toujours en lien avec l’enjeu de la guérison et du retour à la maison. Le petit garçon confronté aux malfaiteurs ou chargé de sauver Mary la journaliste intrépide, devient pour le policier Alex – immobilisé par une jambe plâtrée – le conteur-acteur qu’il était pour sa jeune sœur au tout début du film, avant l’hospitalisation. La casquette de Léo est d’ailleurs le symbole de ce mélange des genres, des tons et des enjeux : portée dans l’hôpital pour cacher les effets de la chimiothérapie, elle est aussi le signe distinctif du jeune super-héros (dont l'ombre crée un masque de justicier sur son visage) pour finalement symboliser une disparition qu’on imagine alors irrémédiable.

 

PHANTOM BOY

Phantom boy ne cède rien non plus sur le polar : indic’, commissaire irascible, coups de feu, rendez-vous dangereux, lieux inquiétants, scènes de nuit, tout y est. Mais il y a plus encore, il y a ce personnage à tête de Picasso, l’homme au visage cassé. Gagnol et Felicioli créent ici un grand personnage de méchant, digne successeur du Joker et des méchants raffinés et cultivés d’Alfred Hitchcock. Il est un personnage délicieusement trouble dont la motivation apparente (l’argent) cache un besoin de reconnaissance qui passe par la diffusion de son visage en pièces sur tous les écrans de la ville (Time square) et le récit de son histoire. L’épilogue ne résoudra pas l’énigme du gag récurrent des causes de la défiguration du méchant, mais permettra à Léo de retrouver sa place de conteur bien visible auprès de sa sœur Titi alors que celui-ci gardera le silence sur ses exploits. Cette écriture brillante qui mise sur l’intelligence des jeunes spectateurs alliée à un travail graphique original qui se laisse voir, font de Phantom boy un film touchant et réjouissant, une œuvre qui fait grandir parents et enfants.

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Céline P.


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