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LES MILLE ET UNE NUITS/VOLUME 2: COUPS

26 août, Les Mille et une nuits, volume 3. L’été s’achève sur une route de campagne au milieu des coquelicots et des vignes. Chico Chapas m’emmène au bout d’un voyage au cours duquel j’ai pris mille et un chemins. Je ne suis pas épuisée d’avoir sillonné le Portugal dans tous les sens (du documentaire à la fable, de la farce à la chronique) et, lorsque le mot « FIN ! » apparaît sur l’écran, je réalise que la chaleur de ces mois d’été s’accordait parfaitement à la fièvre de l’œuvre de Miguel Gomes. Retour sur la trilogie de l’année.

De L’Inquiet à l’Enchanté, on pourrait être tenté de faire le tri dans les 16 chapitres de la table des matières qui clôt chacun des volumes, mais ce serait aller à l’encontre du parti pris du cinéaste. Parce que Miguel Gomes accueille tout dans ce film-monde, sans pour autant lui donner l’apparence synthétique et définitive d’une somme, il faut tout garder des Mille et une nuits. L’amphithéâtre des « Larmes de la juge », les escaliers de l’Assemblée nationale de la « Forêt chaude », la plage du « Bain des Magnifiques » ou la tente d’Elvis sont autant de lieux - souvent soumis au terrible génie du vent de la crise et de l’austérité - qui figurent le cinéma de Miguel Gomes. C’est une maison ouverte à tous les sons, tous les personnages et toutes les images. Dans cette bâtisse en désordre dont le propriétaire apparaît comme un collectionneur fou, parfois en proie au doute et toujours entouré de son équipe, il n’y a pas de longs couloirs qui déterminent le cheminement attendu de l’écriture au tournage et du tournage au montage. Il n’y a pas non plus de murs qui séparent la fiction du documentaire, le réel du merveilleux, les vivants des fantômes, les hommes des bêtes… Pourtant, chacun y trouve sa place. Elle peut être partagée dans les limites d’un cadre redéfini par un split-screen ou dans la magie primitive d’une surimpression. Elle peut s’inscrire dans la durée de plans fixes documentaires propices à l’enregistrement du témoignage ou dans les écarts creusés par le montage de la voix-off de l’intime et de l’image des foules. Parce que Les Mille et une nuits se réinvente perpétuellement, dans la variation et la rupture, au rythme des récits de Shéhérazade, je garde tout des Mille et une nuits. La virtuosité vertigineuse des récits enchâssés des « Larmes de la juge » et des « Maîtres de Dixie » impressionne d’autant plus que le réalisateur sait y renoncer quand il s’agit de capter les airs enivrants des pinsons. La radicalité du réalisateur réjouit parce qu’elle n’est jamais teintée de prétention (n’apparaît-il pas en valet attendant la princesse au pied de la grande roue ?). Elle est bien davantage l’expression engagée et vibrante d’un humanisme profond qui trouve son souffle musical dans le refus des hiérarchies, dans l’abolition des frontières, et surtout dans les variations d’une bande son qui fait entendre toutes les voix du peuple mais sait aussi accueillir le silence. Alors, quand s’élèvent du royaume hétéroclite de Miguel Gomes les chants désolés du monde et du temps des luttes ou ceux qui donnent envie de danser sur les falaises de Bagdad-Marseille, c’est toujours l’enchantement qui opère et qui gagne ; cet enchantement qui nous invite à se tenir debout et ensemble, à se raconter nos histoires jusqu’au lever du jour et jusqu’à la fin des temps.

 

LES MILLE ET UNE NUITS/VOLUME 2: COUPS
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Céline P.


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