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[BLOC-NOTES] Fragments de Cannes (2)

Vendredi 20 mai 2016, 02h30

 

Fin de la dernière séance d’une longue journée de projection commencée à jeudi à 8h30. Au moment de fermer les yeux, je tente un premier bilan. Est-ce la fatigue, le premier sommeil qui m’a arrachée à l’ambiance surchauffée du grand théâtre Lumière pour la projection de Gimme danger, ou la faim qui n’a pas été comblée par les deux biscuits engloutis à la sortie de la salle… mais je ne me rappelle plus de rien. A cette heure, ces deux biscuits cachés dans mon sac et conservés jusqu’à la fin de la séance, semblent être le seul évènement mémorable de ma journée. Je n’ai rien voulu entendre au conseil avisé qui m’avait été donné (« Evite de voir plus 4 films par jour ») et le prix à payer est la désagréable impression de n’avoir rien vu. Heureusement, les mots notés ou envoyés çà et là permettent de reconstituer l’emploi du temps et de faire remonter les images.

 

Jeudi 19 mai 2016

 

Baccalauréat

 

Depuis que je suis arrivée, j’entends partout que, cette année, le festival est féminin : Maren Ade pour Toni Erdmann et son actrice Sandra Hüller, le sublime personnage de Clara dans Aquarius et on annonce déjà un ouragan Isabelle de catégorie 6 sur l’échelle de la cinéphilie fiévreuse cannoise. Mais ce matin, c’est un personnage masculin au doux prénom de Roméo (formidable Adrian Titieni) qui porte tout sur ses larges épaules. Les vérités intimes cachées (l’adultère et la maladie de la mère), les désillusions et les espoirs, les compromis quotidiens et les compromissions morales pèsent sur ce médecin déterminé à donner le meilleur avenir possible à sa fille Eliza. Alors que le hors-champ immédiat apparaît dominé par la violence, le seul salut semble la projection vers un hors-champ plus lointain, en dehors du pays natal (les études à Cambridge). Confronté à l’inacceptable (l’agression de sa fille la veille des épreuves du bac), le père décide de tout accepter. L’enchaînement des petits arrangements (policiers, élu, enseignant) qui s’élabore à partir du personnage principal dans des plans longs qui donnent à chaque personnage secondaire le temps d’exister, dresse le portrait d’une société marquée par le renoncement et la résignation (valeurs, idéaux ou couple). Jamais en surplomb, la mise en scène précise de Cristian Mungiu s’attache à tous ces personnages. D’ailleurs, bien que le père en constitue le pôle central, le cinéaste n’oublie pas de montrer le mal-être de l’adolescente. Car, si Baccalauréat se présente d’abord comme l’examen (un peu) attendu de la société roumaine, il offre aussi une touchante étude de la relation père-fille qui oppose in extremis à la noirceur du constat social, une lueur d’espoir.

[BLOC-NOTES] Fragments de Cannes (2)

Juste la fin du monde

 

Reprise de la lutte avec Xavier Dolan. Jusque là, il n’a véritablement gagné qu’une bataille (Laurence anyways). Je redoute un peu cette nouvelle confrontation puisque le réalisateur a décidé d’aligner l’artillerie lourde (Marion Cotillard, Léa Seydoux, Nathalie Baye, Vincent Cassel et Gaspard Ulliel). C’est une guerre asymétrique. Je suis un peu perdue et muette dans le plan d’ensemble du Grand Théâtre Lumière, face aux gros plans de ces cinq personnages qui tirent, dès l’arrivée du fils-frère espéré et adulé depuis douze ans, les premières rafales de mots de rancœur et de malaise. Après la séquence d’ouverture à l’aéroport et l’annonce du retour et du message funèbre à livrer aux siens, après le voyage en taxi semblable au début de Tom à la ferme, je réalise que la bataille se livrera dans un espace clos sans profondeur, et dans la concentration extrême du temps d’un déjeuner. Le territoire qu’il a choisi, s’il est loin de son Québec natal et de sa langue, n’est pas tout à fait nouveau. L’enjeu de Juste la fin du monde et l’adaptation d’une pièce de théâtre rappellent Tom à la ferme, tandis que la présence de Nathalie Baye et le personnage de Louis incarné par Gaspard Ulliel rapprochent aussi Juste la fin du monde de Laurence anyways… Cependant, cette fois-ci le combat n’aura pas lieu. Si j’ai toujours opposé une certaine résistance au cinéaste, à ces montages clipesques et à son univers pop notamment, j’ai souvent trouvé dans l’écriture de situations dramatiques et de personnages puissants, matière à éblouissement. De Tom à la ferme, j’avais gardé le souvenir d’une scène de confrontation en gros plans parfaitement maîtrisée. De Laurence anyways, il me restait Laurence, sa capacité à murmurer sa révolution, son départ silencieux de l’île au noir et son regard lorsqu’il comprenait qu’il était trop tard alors que Fred quittait le bar sous une avalanche de feuilles mortes. De ce point de vue, Juste la fin du monde pourrait condenser tout ce que je préfère chez Dolan. Le film se présente comme un bloc rigoureusement organisé entre séquences de groupe où l’incommunicabilité s’exprime principalement par l’absence de plan rassemblant les protagonistes, et séquences à deux dans l’intimité des chambres où le cadrage serré peut révéler l’émotion d’une étreinte ou le trouble d’un regard. S’en est fini de l’hétérogénéité de la mise en scène et des violentes ruptures plastiques. Les gestes d’amour entre une mère et son fils ne sont plus cachés derrière un rideau de neige et la cinquième de Beethoven ne retentit plus. En se débarrassant d’un certain nombre d’effets (filtres colorés, variation du format, marche au ralenti) pour ne s’attacher qu’au nécessaire (les visages, les mots et la lumière) afin de pousser l’intensité dramatique et le jeu de ses acteurs - tous formidables - à leur paroxysme, Xavier Dolan, 27 ans et six longs métrages, joue déjà le refrain de la maturité. Je serais tenter le croire, s’il ne fissurait pas son bloc de la pire manière (la séquence "Ozone" ou l’image finale au symbolisme grossier) et si la reprise des thèmes (Nathalie Baye, « somme » de toutes les mères dolaniennes) ne laissaient pas craindre que le cinéaste soit passé directement de l’âge des chants impétueux à celui des vieilles antiennes.

 

 

[BLOC-NOTES] Fragments de Cannes (2)

La Tortue rouge

 

La file d’attente pour La Tortue rouge traverse tout le palais. Déjà soumis au rythme du reptile à carapace, Gilles et moi progressons jusqu’à la salle Bazin. On se rapproche, on y croit. On regarde l’heure, on n’y croit plus. Ici, les suspenses les plus intenses ne se jouent pas toujours dans les salles… « Vous, madame et monsieur, après c’est fini. Complet ! ». Rapide regard désolé vers ceux qui n’osent pas encore se diriger vers la sortie et geste de victoire puéril. Si j’ai aimé La Tortue rouge, cette heure d’attente n’y est sûrement pas pour rien. J’ai mérité une récompense. Ma récompense, c’est l’absence de paroles, le bruit du vent dans la forêt et la musique ; c’est aussi la pureté des couleurs et la clarté des lignes. Si l’ode à la vie, à l’amour et à la nature (en plans larges propices à la contemplation) m’indiffère un peu, celle-ci prend davantage de relief dès lors que les ombres envahissent la plage de sable fin de cette île déserte. La poésie du film de Michaël Dudok de Wit se révèle surtout lorsque l’inquiétude, la solitude et la peur paraissent ; dans la fluidité des gestes et l’exactitude des micromouvements de personnages dont les yeux sont de simples points noirs.

 

[BLOC-NOTES] Fragments de Cannes (2)

Divines

 

Jusqu’ici tout allait bien… Et puis, il y a eu Divines : le triomphe avant la première image, l’enthousiasme impossible à partager et l’impression qu’une telle présentation n’est pas le meilleur accueil pour la spectatrice tranquille que je suis. La découverte du film ne rattrape pas ce mauvais départ, si bien qu’au bout de 45 minutes d’énergie dispersée en tous sens et de répliques qui tuent, survient le refus d’obstacle. Il faudra y revenir, peut-être.

 

Gimme danger

 

Orteils torturés dans des talons et estomac dans les talons, c’est la séance de minuit ! En bas des marches, je commence à refroidir. Heureusement, arrivée dans la salle, je découvre que Thierry Frémaux sait réchauffer l’atmosphère. La séance est sympathique, la présence d’Iggy Pop dans la salle et sur l’écran électrise tout. Cependant, Jim Jarmusch n’est pas à la hauteur du célèbre titre des Stooges. La composition du documentaire est une mélodie calibrée et conventionnelle. Zéro danger.

 

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