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A PROPOS DE MALGRE LA NUIT

A PROPOS DE MALGRE LA NUIT

Noir vertige

 

D’entre les morts, Madeleine continuera éternellement de hanter les cinéastes du monde entier… Mais cette fois-ci, ce n’est ni The City by the bay, ni Bruges-la-morte. Ce jour-là, le soleil tape dur à Paris. Je traque l’ombre dans les petites ruelles, là où je peux ouvrir les yeux et respirer un peu. Je cherche la fraîcheur et l’obscurité de la salle de cinéma pour reprendre mon souffle, pour retrouver la légèreté et voir à nouveau les reliefs, les formes et les couleurs.

 

La salle s’éteint. La nuit tombe, plus lourde que le soleil de plomb qui me terrassait quelques minutes auparavant. Deux corps, des mots murmurés et un silence d’une profondeur inouïe m’imposent de suite l’immobilité la plus absolue. Il ne faut plus bouger. Je retiens mon souffle et perds aussitôt la conscience du temps et de l’espace. En tentant de retenir ma respiration, je perds mon rythme, tandis que la matière noire embrumée du film abolit la frontière entre la salle et l’écran. Il m’est impossible de distinguer les autres spectateurs, de me rassurer de leur présence quand, au milieu de la forêt, la violence surgit à l’écran dans une lumière blanche éclatante et fantomatique. Souffrance et sueurs froides. Etrangement, c’est dans les fermetures au noir qui font de la salle un tombeau que je trouve l’apaisement. La lenteur de la fermeture qui dessine une dernière fois le contour d’un visage ou la complexité d’une étreinte, figure avec une douceur troublante la disparition du corps, l’extinction du mouvement.

 

Malgré la nuit, Paris n’est pas une ville morte. Les quais de Seine au petit matin et quelques plans d’un ciel froid mais lumineux éclairent parfois la salle. Les pâles rayons du soleil ou le visage vibrant de musique et de surimpression de Léna suffisent à me ranimer. Partout dans la salle, les nuques se détendent, les têtes se tournent. Quelques bruits de fauteuil me font comprendre que les autres spectateurs reviennent à eux. Je prends un instant pour les regarder…avant que l’obscurité ne nous enlève à nouveau. A l’écran, les corps magnifiés et brutalisés s’éprouvent dans les ténèbres. Dans la salle, les corps se raidissent et s’assouplissent, entièrement soumis au rythme plastique du film : noir total, lumière rouge, fragile lueur de bougie, vertigineuse illumination de la Tour Eiffel, lumière blanche, écailles scintillantes d’un poisson… Ensemble, les corps de l’écran et les corps de la salle forment un terrifiant ballet d’ombres. Vertigo noir.

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Céline P.


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