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A PROPOS DE "LOVE"

C’est l’amour à la ville

 

La plus belle histoire d'amour actuelle à Los Angeles ne se nourrit ni de la comédie musicale, ni du jazz. Elle nait dans les cafés, les restaurants ou les parcs, alors que la radio dans laquelle Mickey travaille ne diffuse que rarement son programme, et que les idées de scénario de Gus ne parviennent jamais à être réalisées. Sans claquettes, ni ballets, Love dessine au trait doux/dur toute la complexité de la relation amoureuse soumise aux injonctions de la cité des anges. Son unique refuge musical est l'improvisation de chansons de générique pour les films qui n'en ont pas, son horizon romantique est celui d'une supérette, et pourtant... Dépouillée et naturaliste, Love, série écrite par Paul Rust et Lesley Arfin, est l'émouvant envers de La la land.

 

A PROPOS DE "LOVE"

La petite maison de Mickey (Gillian Jacobs) est posée sur la pente douce de North Occidental Boulevard, à quelques rues de Sunset Boulevard et d’Echo Park. La lumière du matin n’adoucit pas l’équilibre précaire d’un foyer où seule l’entrée par effraction sort de la solitude et de la torpeur. Ce plan, repris inlassablement dans les 22 épisodes de la série, ponctue la lente succession des journées. En effet, après deux ellipses d’un mois chacune - le temps des espoirs et des ruptures - la série opte pour une singulière routine. Diffusé exclusivement sur Netflix, la série, débarrassée des impératifs du cliffhanger (les 15 secondes de réflexion entre chaque épisode ne suffisent jamais à se dire qu’on en a assez vu), développe une temporalité continue qui donne toute sa profondeur à l’histoire amoureuse de Gus et Mickey. Si les premiers épisodes comportent encore quelques artifices d’écriture (la multiplicité de points de vue, l’objet symbolique avec le tapis), la routine et ses aléas « naturels » (ennuis au travail, contre-temps liés aux transports dans la ville…) se diffusent irrémédiablement. Dans les quartiers bien différenciés de la ville, du lieu de résidence au travail, tous les chemins semblent tracés : la médiocrité de la série Wichita annonce déjà sa fin, les voisins de Mickey et Gus ressemblent à ce qu’ils devraient devenir (mère épuisée, vieux garçon, adolescent éternel)… A vrai dire, tout devrait mal finir. Les personnages, tous venus d’ailleurs (New Jersey, Dakota du Sud, Canada, Australie, etc.), attirés par un rêve californien de réussite sociale et d’accomplissement personnel, ont déjà découvert la dureté de la ville ; ils s’y cognent chaque matin. Gus (Paul Rust), fiancé congédié pour sa gentillesse trop suspecte, se heurte ainsi quotidiennement aux caprices d’une enfant-star, au chantage de ses parents, au mépris des scénaristes et aux menaces incessantes de licenciement de la productrice de la série.  Mickey, elle, doit affronter la rancune et les insultes des anciens petits amis, le harcèlement d’un animateur particulièrement instable et la crainte d’un plan de licenciement après le rachat de la radio.
 

Variation autour de la cigarette. Associée à tous les états de Mickey, elle détourne d'autres dépendances, elle isole ou reconnecte (paquet + portable toujours à la main).
Variation autour de la cigarette. Associée à tous les états de Mickey, elle détourne d'autres dépendances, elle isole ou reconnecte (paquet + portable toujours à la main).
Variation autour de la cigarette. Associée à tous les états de Mickey, elle détourne d'autres dépendances, elle isole ou reconnecte (paquet + portable toujours à la main).
Variation autour de la cigarette. Associée à tous les états de Mickey, elle détourne d'autres dépendances, elle isole ou reconnecte (paquet + portable toujours à la main).

Variation autour de la cigarette. Associée à tous les états de Mickey, elle détourne d'autres dépendances, elle isole ou reconnecte (paquet + portable toujours à la main).

Dès lors, quand la solitude et le manque poussent Gus et Mickey jusqu’à la supérette de la station-service, chacun s’accroche à l’autre comme au dernier espoir de voir la ville tenir enfin l’une de ses promesses. Ainsi, c’est souvent à l’issue de pénibles journées ou semaines de travail que les deux personnages fatigués se retrouvent pour s’extirper ensemble du pénible chemin tracé. Toute la beauté des séquences à deux réside dans la fébrilité de ces deux êtres dont le désir n’est jamais certain. Au jour du premier rendez-vous, le sexe sans détour survient avant la soirée organisée par Gus. Le costume-cravate, le choix de la robe pailletée de Mickey, le restaurant branché et la soirée privée dans la maison de la magie ; ce rituel codifié de la séduction n’a plus lieu d’être et Mickey lui fait savoir avec une certaine brutalité. Le personnage féminin ne s’oppose pas tant à la magie, qu’au scénario de cette soirée dont le dernier acte, la nuit passée ensemble, apparaîtrait ainsi comme le trophée récompensant les efforts du héros.  Ainsi, la modernité des personnages (particulièrement du personnage féminin) déjoue souvent les règles de la rom com que nos attentes formatées nous laissent parfois espérer. L’usine à rêves est à deux pas, Gus s’amuse d’ailleurs à raconter à Mickey qu’il réside dans le deuxième « O » de Hollywood ; mais ce « O », comme celui de Roger O. Thornhill ne signifie rien… Le temps des thrillers érotiques est fini. Les blu-ray de comédies romantiques conservées précieusement comme des manuels d’amour sont jetés par la fenêtre d’une voiture dès le premier épisode.
 

A PROPOS DE "LOVE"
A PROPOS DE "LOVE"
A PROPOS DE "LOVE"
A PROPOS DE "LOVE"

Cependant Gus - l’anti Cary Grant[1] - est également un personnage en devenir. Incapable de trouver un quartier où habiter, il loge dans un studio meublé d’une résidence où se croisent retraités hippies et étudiants bruyants. Le garçon du Dakota du Sud peine à investir totalement une métropole aux quartiers bien différenciés. A Springwood, il peut attendre que la vie commence, et qu’une fille l’invite un jour à tenter la grande aventure de Venice beach pour utiliser enfin la serviette de bain laissée à l’arrière de sa voiture cabossée. Ainsi, les nombreuses errances dans la ville[2] qui s’étirent le temps d’un épisode entier sont autant de tentative d’échapper un peu au sens unique d’une relation convenue qui mènerait tout droit vers la recherche de la meilleure école pour les enfants ou du petit marché bio à arpenter le dimanche. La fragilité de l’histoire de Gus et Mickey ne s’explique pas tant par la présence de rivaux que par le refus de se conformer aux règles de la cité, à son rythme, à sa circulation. Dans le premier épisode de la saison 2 (le couvre-feu), alors que le couple est revenu au point de départ (la station-service), Los Angeles se transforme le temps d’une nuit de série policière en cupidon farceur, empêchant ainsi Mickey de se séparer de Gus. Pourtant, ni l’hélicoptère, ni les policiers, ni le plaquage au sol, ne parviendront à reformer le couple. Ce soir-là, le baiser n’adviendra pas, et les héros malgré eux résisteront jusqu’à s’abandonner à un chaste sommeil.

 

La réussite de Love tient dans ce déploiement fragile, incertain[3] d’un amour urbain qui ne sombre jamais dans la facile dénonciation de l’ultra moderne solitude[4], mais en cartographie les états d’un trait contemporain précis et sensible. Love, c’est un amour à la ville dont on espère vivement pouvoir encore explorer d’autres recoins.

 


A PROPOS DE "LOVE"
A PROPOS DE "LOVE"

[1] Les stars hollywoodiennes ne s’affichent pas sur les murs d’une chambre comme dans La la land. Toutefois, Gus voit en Mickey quelque chose de Carole Lombard.

[2] - Le premier jour : de la recherche du portefeuille jusqu’au petit déjeuner consistant

  - Le périple de la défonce en métro avec Andy

  - Echo park, pédalo et marché bio pour échapper à Dustin

  - La poursuite du coyote sous l’effet de champignons hallucinogènes

[3] Cela concerne particulièrement Mickey et ses dépendances. Los Angeles peut la mener sur le chemin de la guérison, mais il faut traverser toute la ville pour se rendre à une réunion des alcooliques ou des dépendants au sexe et à l’amour. L’étendue de Los Angeles peut permettre l’oubli des échecs, mais il suffit d’une soirée, d’un ciné pour voir ressurgir les fantômes des relations passées…

[4] Par exemple, portables et ordinateurs sont intégrés habilement à la progression de la relation amoureuse. La lecture de textos au lit remplace le plus naturellement du monde la lecture de romans.

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Céline P.


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