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ARRETE OU JE CONTINUE

Ce dimanche après-midi, la salle n’était pas très remplie. Je m’étais mise à l’écart, renonçant ainsi à ma place fétiche, pour m’assurer une projection en silence, car la promesse du dernier film de Sophie Fillières était belle : les retrouvailles de deux acteurs précieux du cinéma français, Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric.

 

Dès les premières minutes, la réalisatrice installe la relation Pomme-Pierre[1] avec un certain panache dans sa mise en scène et son montage abrupt. Les premières répliques disent de suite l’insécurité d’une femme dans le couple qu’elle forme avec un homme vif mais assez cruel (volontairement ? par maladresse ?). La scène du bus agit comme le programme du film, avec une situation banale qui génère et des malentendus, mal-vus ou mal-dits, tous révélés par des dialogues décalés ou incongrus. On sourit encore lorsque l’échange porte sur une serviette de plage symbole d’un amour perdu, ou quand, à propos d’une mystérieuse boucle d’oreille, Pierre parle d’un cadeau foireux depuis le départ que Pomme a bien fait de perdre. Pourtant le sourire s’estompe rapidement, non parce que chacun de ces dialogues cache une brutalité des rapports qui glace, mais parce que le choix systématique de la réplique inattendue, déplacée finit par devenir trop prévisible et empêche toute progression dramatique. Par ailleurs, si les deux acteurs principaux parviennent à maîtriser cette écriture particulière[2], il n’en est pas de même pour les autres acteurs du film ; les séquences mère-fils sont de ce point de vue souvent réduites à néant par le jeu du garçon. Enfin, dans ce parti-pris de la bizarrerie, le personnage de Pomme se perd peu à peu au point de désintéresser le spectateur (enfin, la spectatrice que je suis). Tour à tour ignoble (la remarque sur les enfants de l’école du petit garçon au problème psychomoteur), maladroite (Pomme ne cesse de déraper, de se blesser, de casser), têtue jusqu’à l’absurde (la danse) ou brisée (lorsque Pierre refuse d’aller en randonnée), elle ne suscite ni l’empathie, ni l’antipathie. Cet entre-deux pourrait donner une tonalité particulière au film, mais il semble davantage en manifester la vaine instabilité. 

ARRETE OU JE CONTINUE

Le motif de la maladie qui parcourt le film illustre parfaitement cela. La tumeur, introduite par une cicatrice qu’on ne voit pas, mais qui semble faire planer l’ombre de la mort[3] sur le personnage, est bénigne. De la même manière, la fugue en forêt n’impose ni souffrance, ni grave conséquence puisque le couple n’existe déjà plus (le fils s’attend d’ailleurs à une séparation). Alors, le récit s’effiloche dans les rencontres de randonneurs, de garde-champêtre ou d’animaux. La solitude est partielle, l’insécurité tout relative (puisqu’une carte bleue permet de recharger en vivres et en lingettes), le retour à la maison couru d’avance et la réconciliation impossible. Le face à face cruel, nourri de ressentiments et de surenchères, de Pierre et Pomme ne peut alors se jouer à distance, et l’ennui s’installe avec l’inertie des personnages. En effet, contrairement à Lucie dans Lulu femme nue, Pomme ne trouve aucun élan dans sa fugue. Elle saisit simplement et presque accidentellement, à l’extrême limite du film, l’espace nécessaire pour partir définitivement. Les manipulations de l’horloge de Pierre pour faire avancer un temps de silence et d’attente gênée ou pour tenter de retenir un ultime moment d’intimité n’auront pas suffi à me tirer d’un ennui qui n’a cessé de grandir au long de ces 1h40 de film. Tout passe, tout lasse, tout casse…

ARRETE OU JE CONTINUE

[1] Pomme-Pierre : l’un en l’air, l’autre à terre ??

[2] Le duo est maintenant un vieux couple de cinéma, et Emmanuel Devos est plus que familière de ces rôles de femme banale et étrange à la fois.

[3] Figurée par les fourmis dans la séquence du bureau.

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Céline P.


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