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2 AUTOMNES 3 HIVERS

Sorti le 25 décembre, le film de Sébastien Betbeder s'annonçait comme la douceur idéale de Noël après les agapes de la veille, mais finalement, il me restait tout de même un peu plus de place.

2 AUTOMNES  3 HIVERS

Arman, trentenaire, parisien d’adoption, ancien étudiant en art et jeune actif « en période de démission » rencontre à la faveur d’un jogging dans un parc, Amélie, 27 ans et demi, doctorante en histoire de l’art. Le film raconte, l’histoire d’amour de ces deux personnages et de leur entourage (vidéaste, orthophoniste ou musicien suicidaire) en prenant appui sur de longs monologues face caméra entrecoupés d’ « échappées » - selon l’expression du réalisateur - dans les situations. On comprend très vite que l’objectif est de mettre la parole[1] au centre du dispositif. Si on accepte cette règle dans un premier temps grâce à une écriture précise et agréable qui s’accorde particulièrement bien au phrasé à la fois instable et précis de Vincent Macaigne; on comprend aussi que ce parti pris ne peut mener qu’à l’impasse et au repli sur un propos qui ne dépassera jamais l’anecdote. Le récit teinté de mélancolie des petites choses et des grandes amours et le jeu du regard-caméra/pas regard-caméra, alors que l'adresse au spectateur est directe, lassent rapidement.

2 AUTOMNES  3 HIVERS

A partir de cet instant, disons au bout d’un quart d’heure, les automnes et les hivers s’écoulent bien lentement, sans heurt, hormis quelques ruptures qui agissent comme des fioritures (les images illustratives à la vocation décalée, mais qui tombent souvent à plat) et sans surprise, comme ce chapitrage[2] révélant bien souvent la chute des saynètes mises en scène. L’ensemble ne sort jamais véritablement du choix du point de vue frontal et rapproché qui marque les scènes de monologues. Ainsi dans les « échappées », alors qu’on aimerait quelque respiration et une preuve d’un regard de metteur en scène, les corps des acteurs restent invariablement absents du champ (à l’exception de quelques plans de l’ascension en raquettes du Col des Hauts Forts), à l’image de Benjamin dont la moitié du corps est dans une haie et l’autre sur le macadam. Vincent Macaigne se trouve ainsi réduit à une tête parlante[3], parfois émouvante, privée de son corps, de sa dégaine et de ses gestes maladroits et délicats. Le récit polyphonique peine à s’incarner dans ce motif de l’autoportrait fortement référencé : Green (pour la parole et le champ/contre-champ), Bresson (un jeune peintre rêveur sauve une fille) ou Apatow (la maladie et l’amitié).

 

2 AUTOMNES  3 HIVERS

Le sommet de la rigidité du dispositif est atteint lors de la séquence du café Les Idiots- séquence sans autre intérêt dramatique que de manifester que le temps passe et les gens changent- dans laquelle Macaigne et Bouillon semblent transformés en Olivier Saladin et François Morel dans un sketch des Deschiens. Et, comme dans une chanson de Vincent Delerm, les références se mêlent, de Munch à Koh-Lanta, pour décrire le quotidien de trentenaires qui ont gardé leur T-shirt d’adolescent aujourd’hui sans forme et ont constamment la larme à l’œil, s’émouvant de la même manière du retour des jupes et des bottes, et du passage de l’ancienne amoureuse maintenant maman. On peut être touché, mais pas plus de quelques minutes, le temps d’une chanson (la scène chantée d’Il est trop tard de Georges Moustaki). On peut surtout regretter que cette peur du temps qui passe ne trouve pas une expression un peu plus grave, à travers la maladie (AVC vite expédié et corps paralysé qu’on ne voit pas) et l’impression d’être en sursis (arrêter de fumer, courir)... car de ces 2 automnes et 3 hivers, on ne retiendra pas grand-chose.

 

 

[1] Une parole fortement autobiographique.

[2] A ce propos, il faut noter que le scénario présenté au CNC à la commission des courts métrages et disponible dans la scénariothèque, n’est pas très différent du long métrage final, avec 77 pages.

[3] Une tête affichée comme l’emblème hirsute et dégarnie de ce nouveau cinéma d’auteur français.

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Céline P.


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