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DECEMBRE, LE CINEMA ET MOI

01 Décembre

Twitter se remplit de classements, de commentaires de classements et d’angoisse du classement. En a-t-on vu assez ? A-t-on vu les films qu’il fallait voir ? Et ceux qu’on a vus à moitié ? Et si on en élisait 15 plutôt que 10… Et si on ne classait pas des films mais des moments, des images et des sons restés en mémoire. Les interrogations deviennent délire collectif. On crée une page ou un hashtag pour l’occasion. On ouvre la première fenêtre de la Rétrospective 2014 : le calendrier de l’Avent cinéphile. Le mois de décembre commence ; l’année se termine.

DECEMBRE, LE CINEMA ET MOI

03 - 05 Décembre

Mercredi. Je revois Rosetta sur grand écran. Les joues rouges d’Emilie Dequenne ne sont pas celles de l’innocence ou de l’émotion mal contenue. Ce sont celles de l’effort et de la détermination. Ce sont celles d’une vie sans pause, sans respiration, au bord de l’asphyxie jusqu’à la chute… En 1999, Rosetta pouvait aller jusqu’à dénoncer la combine d’un collègue-ami pour avoir un travail et, lorsque Riquet se retrouvait enfoncé dans l’étang, elle envisageait un moment la fuite. En 2014, dans Deux jours, une nuit, Sandra frappe poliment aux portes et s’enfonce dans le piège du vote tendu par le patron. Rosetta et Sandra ont le même compagnon, Rosetta et Sandra songent un instant à disparaître… Et si Sandra était Rosetta, quinze ans après ? Ce serait alors une Rosetta épuisée, sans énergie et sans geste.

Vendredi. Je retrouve Emilie Dequenne dans le film de Lucas Belvaux. J’ai encore en tête les bottes en caoutchouc, la veste de survêtement et le sac bourse de Rosetta. Alors, quand je la découvre avec sa robe à paillettes, sa chevelure blonde et son rouge à lèvres, je pense aussi (mais d’une autre manière) que ce n’est Pas son genre. Pourtant tout va à Emilie Dequenne. Son talent tient à l’exactitude de son regard et à la perfection sensible de ses gestes. On ne dit pas assez qu’Emilie Dequenne est une grande actrice.

DECEMBRE, LE CINEMA ET MOIDECEMBRE, LE CINEMA ET MOI

07 Décembre

Charlie’s country. Rolf de Heer a une voix magnifique. J’apprécie la justesse de ses mots et l’humanité de sa parole. Pourtant, le film ne m’a convaincu qu’au tiers, le premier tiers. Dans cette partie toute en horizontalité (format, paysage, héros à terre), David Gulpilil impose son visage et le rythme de son corps fatigué à la caméra du réalisateur. Malheureusement, lorsque Charlie se trouve contraint (hôpital, prison) ou perdu (dans la ville et l’alcool), le film se raidit et la mise en scène devient trop démonstrative…jusqu’au magnifique dernier plan où Rolf de Heer retrouve in extremis une émotion à la fois retenue et vive, celle de David Gulpilil.

 

10 Décembre

Il y a un festival près de chez moi qui m’est totalement inconnu et pourtant, sa localisation m’est très familière. Aujourd’hui, je décide que le dernier week-end de janvier se déroulera dans les "Vosges fantastiques". C’est fou l’effet que peut produire une publication concernant l’identité d’un Président de jury dont je n’ai pas épargné le bête dernier film !

 

14 Décembre

Le Pitch: n'importe quoi le cinéma par France 3.

Le Pitch: n'importe quoi le cinéma par France 3.

La prescription au niveau zéro inventée par la télévision. Trois personnes installées sur leur canapé ou leur chaise de bureau élaborent ensemble (ah, la magie du montage !) le scénario d’un film qu’ils n’ont pas vu à partir de son pitch. Puis, un extrait de bande annonce vient leur révéler la vérité et les personnes interrogées se prononcent sur leur envie (ou pas) de voir le film. Consternation au niveau cent.

 

17 Décembre

The Host est toujours un bouleversement et cela ne changera jamais. The Host me fera toujours rire, sursauter, réfléchir et pleurer. Dans ses travellings latéraux se dessinent déjà le passage de relais qui articulera l’élan de Snowpiercer. Mais ce qui fait peut-être la supériorité de The Host, ce sont les plans en plongée, interdits dans le dispositif du train qui brise la neige.

 

DECEMBRE, LE CINEMA ET MOI
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19 Décembre

Eau argentée, Syrie autoportrait.

Mille et une images. Mille et un visages. Des images filmées au téléphone portable. Que faire de ces images ? Les retirer du flux. En faire des images de cinéma ? Un nouveau cinéma… « Et le cinéma fut ». « le cinéma des tueurs » (celui qu’on décortique, dont on met à jour l’horreur, la mise en scène), « le cinéma des victimes » (celui qui dit la mort et la vie, celui qui témoigne dans une urgence absolue, le cinéma debout en marche… avant de s’allonger au sol face à la répression), « le cinéma de l’imagination »… Et le cinéma de celui qui n’a pas d’image. Peut-on poser la question du cinéma sur ces images ? Peut-on supporter le recul, la distance induite par une telle question (en fait une affirmation) sur des faits qui peuvent surgir aujourd’hui ou demain au journal télévisé ?

Dire qu’elles sont cinéma -sans jamais définir ce qu’on entend par là- c’est donner à ces images de tortures, de manifestations et de morts, une autre valeur que celle à laquelle les condamne leur circulation sur Youtube… C’est les retirer d’un flux continu et informe (images errantes qui ne trouvent pas de destination finale, qui ne cessent de circuler d’un écran à l’autre, d’apparaître et de disparaître dans ce non-lieu qu’est Internet), d’un écran qu’on choisit plein ou non, d’une vision qu’on peut écourter, fragmenter et dont on peut se détourner. Faire de ces images du cinéma, c’est leur donner un lieu.

Simav. Filmer tout. Wiam Simav Berdixan filme tout pour tout donner. Elle donne tout à un cinéaste qui lutte contre son impossibilité de filmer. Ossama Mohammed recueille toutes ces images qui sont le don extraordinaire de cette figure de courage et d’espoir à celui qui se voit comme un lâche. Alors, le film se transforme, révélant d’autres lieux (Homs en ruine), d’autres visages (les enfants), d’autres images (Charlot boxeur) et d’autres sons (le disque). Quelque chose se replie dans cette partie jusqu’à la fin du film, jusqu’à la postface cannoise et cette larme essuyée par l’objectif d’une caméra qu’on aurait aimé plus à distance, un peu sortie du « tunnel » dont parlent les deux réalisateurs. Quelque chose se replie dans l’intimité d’un lien à distance à la fois fragile et fort qu’on aurait peut-être aimé moins surligné d’effets (le chant Havalo, les sons de la messagerie). Pourtant les questions demeurent, « Qu’est-il arrivé à l’humanité ce jour-là ? » demande Simav, et les mille et une images du début ne disparaissent jamais tout à fait… Le film continue simplement d’une autre manière, dans un autre format, habité par un autre regard qui lui aussi finit par s’attacher à un autre, Omar « le petit blasphémateur ». Petits et grands témoins, proches ou lointains, « C’est un film de mille et une images prises par mille et un Syriens et Syriennes » et elle, et lui, et lui.

Take one

Take two

Take…my heart

 

(Ceci est l’ébauche d’un article que je n’ai pas réussi à finir)

 

21 Décembre

La French ressemble à ces longs repas de famille avec plusieurs entrées, un plat copieux, salade, fromage et desserts. Il y a un certain plaisir à déguster les classiques cuisinés avec soin, à retrouver les proches et à constater qu’ils vont bien … mais c’est tout de même un peu lourd et interminable.

Extrait de l’inévitable conversation au retour, dans la voiture, après sept bonnes heures passées à table :

- C’est vrai qu’on s’inquiétait un peu pour l’oncle Jean ces derniers temps… Il est bien là, non ?

- Et le cousin Gilles semble moins incontrôlable. D’ailleurs, il est venu avec sa compagne… elle le surveille…

- J’sais pas, mais elle est jolie en blonde.

- Par contre, le cousin Benoît, il la ramène quand même beaucoup. Je ne sais pas ce qu’il a, mais il était plus discret avant.

- Et Papy Féodor… Ben, je l’avais pas reconnu !!!

 

23 Décembre

Dans la cour. La douleur des contrariés qui envahit la cour de Pierre Salvadori est bouleversante. Combien de cinéastes français sont capables d’une telle justesse dans l’écriture des personnages ? Combien de cinéastes réussissent à éclairer ainsi la noirceur d’existences solitaires et dépressives ? Les angoisses des personnages brisés de Pierre Salvadori sont multiples et graves (la vieillesse, l’autre, l’effondrement…) mais elles sont toujours mises en scène à une juste distance, celle de la pudeur et de l’élégance, celle du rire. Quelques heures après avoir vu ce beau film triste, je tombe sur une vidéo de la Cinémathèque consacrée à une table ronde de cinéastes "Filmer après/avec Truffaut". De Truffaut, Axelle Ropert dit « Ce que j’aime beaucoup dans les films de Truffaut, c’est qu’il n’y a pas de plus-value (…). La note d’intention n’est pas intégrée au film (…). Le film est nu, simple et vous le prenez (…). C’est une forme d’absence d’arrière-pensée. Et quand on fait des films sans plus-value [pour la critique ou pour les festivals], on est un peu déconsidéré, on pense qu’on fait des bons films ou des jolis films, mais que ce n’est pas très intéressant. Il y a [chez Truffaut] une espèce de netteté et d’absence de prétention très précieuse. » Si j’ai quelque réserve sur cette définition du cinéma du François Truffaut, je trouve que les mots de la réalisatrice s’accordent parfaitement aux films de Pierre Salvadori et à ceux de celui qui est assis à côté d’elle… Bruno Podalydès.

 

 

Dans la cour/Bancs publics

Dans la cour/Bancs publics

24 Décembre

« Nous aussi, on veut faire notre Top ! » Pour Rob, l’affaire fut réglée en à peine trente minutes. Pour Max, ce fut plus long, il y eut des hésitations et des modifications. Puisqu’ils contribuent aussi à ce blog et ont une place particulière dans mes bloc-notes, voici leur top :

TOP 5 de ROBINSON :

1- Edge of tomorrow

2- La Grande aventure Lego

3- Paddington

4- Les Pingouins de Madagascar

5- Dragons 2

 

TOP 5 de MAXIME :

1- Les Grandes ondes

2- Les Pingouins de Madagascar

3- Magic in the moonlight

4- Mon oncle (découvert cette année au cinéma)

5- Paddington

 

26 Décembre

La Famille Bélier. D’abord, il y a eu ce coup de fil de quelqu’un qui n’appelle jamais. Il voulait me dire qu’il avait été ému par ce film, qu’il n’était pas cinéphile, mais qu’il avait trouvé ce film formidable. Il voulait me faire partager cette émotion, il voulait en parler avec moi parce que « toi, tu t’y connais ». Cet appel m’a touché au point d’avoir envie d’aller voir La Famille Bélier, ce film qui l’avait bouleversé, et non le phénomène de cette fin d’année. Je n’ai pas aimé le film d’Eric Lartigau, mais je ne veux pas le traiter avec ce mépris que l’on retrouve souvent à l’égard de ces comédies du bon sentiment. Le bon sentiment fait du bien. Je peux aimer des films « bons » qui ne sont pas de très bons films. Je peux écouter du Michel Sardou pendant 1h40 sans penser nécessairement que c’est un vieux con de chanteur de droite, car j’ai grandi auprès de quelqu’un qui l’aimait et qui ne l’était pas, de droite. Je peux voir la juste sensibilité de la main d’un père sourd posé sur la gorge de sa fille chanteuse. Je peux même sourire de cette première scène de petit déjeuner tonitruante. Mais le bon sentiment et la nostalgie des chansons qui s’échappaient de la radio de la cuisine de mon enfance ne suffisent pas. Etre juste avec La Famille Bélier, c’est dire la laideur de la réalisation, l’absence d’image et le montage défaillant de la séquence-clé du concert de la classe de chant. Etre juste avec La Famille Bélier, c’est aussi relever les problèmes d’écriture (scène inachevée du meeting électoral du père), la médiocre composition d’Eric Elmosnino en professeur de chant et la pâle étincelle de Louane Emera qui s’éteint totalement au milieu de figurants choristes. Etre juste avec La Famille Bélier, c’est enfin affirmer que le bon sentiment n’est pas nécessairement dans le pré, sous le sabot des vaches, et que le rire peut se trouver ailleurs que dans les plis de jeans tâchés de sang, dans une mycose ou une allergie au latex qui se révèle au plus mauvais moment. En effet, dans la représentation toute télévisuelle de la ruralité (place du marché « Masterchef », naissance de veau « L’Amour est dans le pré », fromagerie « Carte postale gourmande ») comme dans la récurrence du gag "moment de honte", le film trace finalement un chemin bien loin de la bienveillance qu’il affiche… Pas si feel good que cela.

 

27 Décembre

The Double. Après vingt premières minutes assez enthousiasmantes, je m’enfonce inexorablement dans l’ennui jusqu’au sommeil. Il me faudra trois heures pour finir le film lourd et glacé de Richard Ayoade. Assoupissement. Retour en arrière. Lecture. Assoupissement. Retour en arrière. Lecture. Je ne lutte jusqu’au bout pour une seule raison (ou plutôt deux ici) : Jesse Eisenberg.

 

28 Décembre

« Publier » → « Publié »… Ouf ! C’est fait. Quand mon TOP15 2014 s’affiche enfin sur la première page du blog, j’ai soudainement envie de chanter à tue tête « Libérée, Délivrée! ». Le mois de décembre s’achève ; une nouvelle année s’annonce.

 

30 Décembre

Rangement des revues de Cinéma, sortie des revues de cuisine. C’est la trêve… ou presque, puisque le TOP des lecteurs des Cahiers du Cinéma vient de paraître. 6/10, pas mal. La seconde place de Mommy ne me plaît guère, mais qu’importe. Je regrette l’absence du dernier film d’Alain Resnais… Et puis, je repars à la quête du menu idéal pour le réveillon avec en fond sonore les notes de Strauss et ces mots : « Sachons aimer, boire et chanter, C'est notre raison d'exister ». Le menu est enfin trouvé, il est temps d’aller au cinéma.

 

 

 

 

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Céline P.


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Tangi 20/01/2015 23:09

Enfin des mots sur les plaisirs coupables (mais pas que...). Sinon je n'ai vu aucun des films sus-mentionnés (à part le grand The Host bien sûr, mais je reste sur ma position : Memories of Murder est sans doute son meilleur). Cependant, c'est toujours sympa de retrouver ce bloc notes. Ciao.

Barbabou 20/01/2015 09:25

Ahah tellement de choses en commun ce mois-ci! D'abord, tu as résumé La French comme j'aurai adoré le faire! Bravo! Et cet horrible appel qui te dit "va voir La Famille Bélier". J'ai été moins curieuse que toi, moins aventurière, je n'y suis pas allée... Apparemment, j'ai bien fait!
Et Eau Argentée... Pfiou, quel texte tu livres sur ce film! Je n'ai désormais qu'une envie : le voir! merci!

Céline P. 20/01/2015 09:42

Merci Barbara. C'est un peu le moins des extrêmes, de la Famille Bélier à Eau argentée ou Dans la cour. Je précise que j'ai été vraiment touchée par cet appel. Il me semblait important de dire que je suis allée voir le film avec l'envie sincère de lui donner une chance. En ce qui concerne Eau argentée, le texte est inachevé, parce que je ne réussissais pas vraiment à formuler mes réserves sur la partie de Simav.

FredMJG 19/01/2015 23:32

Bon il faut vraiment que je note Eau argentée sur mes tablettes mais je suis déjà tant déprimée...
Et oui pour Jesse. Tout à fait d'accord. 2 pour le prix d'un c'était trop beau. Zzzzzzzz

Céline P. 20/01/2015 09:46

Bientôt le super combo! :)
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=225834.html